Brexit : quel impact pour la croissance française ?

Brexit : quel impact pour la croissance française ?

Le ministre des Finances, Michel Sapin, "n'a pas d'inquiétude particulière" pour la croissance française après le Brexit. Ici avec François Hollande, le 21 mai 2015.

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Orange avec AFP, publié le samedi 25 juin 2016 à 12h07

- Baisse des exportations, chute du CAC 40, impact sur le tourisme... Le Brexit pourrait porter un coup à la fragile reprise de l'économie française, même si l'ampleur du fléchissement est difficile à évaluer.

Tour d'horizon des possibles effets du Brexit pour l'Hexagone. -

Le Brexit va-t-il impacter la fragile reprise économique française ? Malgré la décision des électeurs britanniques de quitter l'Union européenne, le gouverneur de la Banque de France s'est montré rassurant ce samedi 25 juin sur France Inter : "Il n'y a pas aujourd'hui, si on regarde l'économie française, de menace de rechute pour les prochains trimestres", a assuré François Villeroy de Galhau. "L'Insee a confirmé hier (vendredi) les chiffres de croissance au premier trimestre à +0,6%, qui est un chiffre élevé sur un trimestre, avec une composante forte d'investissements des entreprises", s'est-il félicité. Début juin, la Banque de France a dévoilé une prévision de croissance pour l'ensemble de l'année 2016 d'au moins +1,4%, a-t-il rappelé. "Aujourd'hui je peux confirmer cette prévision, même après le Brexit".

"PAS D'INQUIÉTUDE PARTICULIÈRE"

"Ce qui s'est passé jeudi est évidemment une mauvaise nouvelle, et d'abord pour le Royaume-Uni, parce que les premières conséquences que nous allons devoir gérer c'est les conséquences pour l'économie britannique qui risquent d'être assez lourdes", a-t-il jugé, ajoutant que la baisse quatre fois plus forte de la livre que celle de l'euro vendredi "donne une petite échelle respective des conséquences pour le Royaume-Uni et pour l'Europe". Après s'être envolée au-dessus de 1,50 dollar au moment de la fermeture des bureaux de vote, la livre sterling est tombée à des niveaux inédits depuis 1985, jusqu'à 1,3229 dollar. Vers 23h à Paris, elle effaçait une partie de ses pertes face au dollar, à 1,3670 dollar pour une livre contre 1,4974 dollar jeudi soir.

Le Brexit "c'est d'abord un sujet pour l'économie britannique" qui "perd potentiellement 450 millions de clients" avec son retrait de l'UE, a affirmé François Villeroy de Galhau. "Nous allons voir comment nous allons régler ce divorce commercial, il est important d'ailleurs de lancer ce divorce rapidement", a insisté le gouverneur, faisant référence à l'article 50 et sa clause de retrait d'un pays membre de l'UE, qui prévoit un maximum de deux ans de négociations. Le ministre des Finances Michel Sapin s'est également voulu confiant vendredi, affirmant "n'avoir pas d'inquiétude particulière" pour la reprise économique.

"ON AVAIT PAS BESOIN DE ÇA"

Mais le Brexit "crée beaucoup d'incertitude, ce qui n'est bon ni pour l'Europe, ni pour la France", explique à l'AFP Mathieu Plane, chercheur à l'OFCE. "Pour la reprise, qui était déjà fragile, c'est forcément une mauvaise nouvelle", ajoute-t-il. Un avis partagé par Philippe Waechter, chef économiste chez Natixis. "Une récession en Grande-Bretagne parait probable et on a du mal à imaginer que la France", où le gouvernement prévoit 1,5% de croissance en 2016, "ne soit pas affectée", confie-t-il.


Quel sera cet effet ? D'après le FMI, le Brexit pourrait coûter 0,2% à 0,4% de croissance à l'économie française d'ici 2019. Un scénario partagé par le cabinet Euler Hermes, qui estime que la France fera partie des six pays les plus touchés. Le Royaume-Uni, en effet, est l'un des rares pays avec lequel la France a un excédent commercial. Or, avec le Brexit, les entreprises françaises pourraient enregistrer jusqu'à 3,2 milliards d'euros de pertes additionnelles à l'export d'ici 2019. "On n'avait pas besoin de ça", souffle à l'AFP Ludovic Subran, économiste chez Euler Hermès, qui refuse toutefois de noircir le tableau, la reprise n'étant selon lui "pas menacée" à court terme.

LES BANQUES FRANÇAISES IMPACTÉES ?

C'est l'un des secteurs les plus exposés au Brexit, en raison du rôle joué par le Royaume-Uni dans la finance mondiale. Signe de cette fragilité : les places mondiales, prises par surprise par le vote en faveur d'un "Brexit", ont terminé la séance en déroute vendredi, à l'exception notable de Londres qui tirait son épingle du jeu. Paradoxalement, l'indice londonien s'en est beaucoup mieux sorti, terminant la séance sur une baisse de 3,15%, tandis que Paris a cédé 8,04% et Francfort 6,82%. A court terme, la baisse de la livre sterling pourrait également éventuellement se traduire par un gain de compétitivité pour les entreprises britanniques.

"Nous n'assistons pas à des ventes de panique" et "ce n'est pas un cycle à la Lehman Brothers qui vient de s'ouvrir, avec des effets en cascade et de défauts d'émetteurs de dette en perspective", souligne Alain Zeitouni, directeur des gestions pour Russell Investments France, basé à Londres. "L'étendue du plongeon a été exacerbée par un marché totalement positionné dans la mauvaise direction, les investisseurs choisissant de faire confiance aux sondages, sans plus de prudence, en misant massivement sur un 'Remain'", un maintien du Royaume-Uni dans l'UE, explique Michael Hewson, un analyste de CMC Markets.

"Le mouvement est d'une ampleur très forte mais ce n'est pas catastrophique pour l'heure", relève aussi Laurent Clavel, économiste chez Axa IM, ajoutant que "c'est beaucoup moins grave que le krach qui a suivi Lehman et que l'épisode de l'été 2011". Contrairement à la crise de Lehman, ce n'est pas l'avenir du système financier qui a vacillé vendredi matin.

Pour Frédéric Oudéa, président de la Fédération bancaire française, les banques françaises seront "parmi les moins 'impactées" par le Brexit, car "elles ont gardé deux pieds à la fois à Paris et à Londres". Le secteur financier français, selon plusieurs économistes, pourrait même tirer son épingle du jeu. Certains établissements, privés du passeport européen, qui leur permettaient d'accéder au marché continental, pourraient en effet quitter Londres pour s'implanter sur le continent. "L'impact pourrait être important en termes de déplacement d'activités", juge Arnaud de Bresson, délégué général de Paris Europlace, promoteur de la place de Paris. Un avis partagé par Mathieu Plane, qui estime toutefois que "les capitaux pourraient se reporter sur l'Asie ou les Etats-Unis", les risques politiques dans l'UE étant "élevés".

PERTES POUR LE SECTEUR DE LA CHIMIE ET L'AGROALIMENTAIRE

Le secteur industriel, comme de nombreux secteurs, pourrait connaître une baisse d'activité, liée notamment à la baisse de la livre sterling, ce qui va pénaliser les exportations françaises. Selon Euler Hermes, en cas d'absence d'accord de libre-échange spécifique, les exportations dans le secteur de la chimie pourraient ainsi reculer de 0,52 milliard d'euros et celles des machines et équipements de 0,48 milliard d'euros d'ici 2019. Plusieurs poids lourds industriels, disposant de filiales Outre-Manche, pourraient également pâtir de la situation, à l'image d'EDF, qui prévoit de construire une nouvelle centrale nucléaire à Hinkley Point. "Ce vote n'a pas d'impact sur notre stratégie", a toutefois assuré le groupe vendredi.

D'après Euler-Hermès, l'agroalimentaire serait l'un des plus affectés par un Brexit, avec un recul potentiel des exportations de 0,39 milliard sur deux ans. Un chiffre important au vu des ventes vers le Royaume-Uni, qui se sont élevées à 4,539 milliards d'euros en 2015, soit 14% des exportations agricoles françaises. D'après l'Association nationale des industries alimentaires, le repli des exportations, lié à la baisse de la livre sterling mais aussi au possible rétablissement de droits de douane, touchera principalement les secteurs du vin et des produits laitiers.

MOINS DE TOURISTES BRITANNIQUES ?

La dépréciation de la livre face à l'euro, si elle se confirme, réduira le pouvoir d'achat des touristes anglais, ce qui les contraindra à réduire leurs dépenses. Avec des conséquences directes pour la France, seconde destination des Britanniques derrière l'Espagne, avec 6 millions de visiteurs en 2014. "Les touristes britanniques vont moins venir dans l'Hexagone qui deviendra une destination plus chère", concède à l'AFP Jean-Pierre Mas, président des Entreprises du Voyage, qui rassemble les agences de voyage françaises. Le phénomène pourrait être aggravé par une hausse des tarifs des compagnies aériennes low cost britanniques. Ces dernières, avec le Brexit, ne bénéficieraient plus des avantages liés au marché unique du transport aérien européen.
 
72 commentaires - Brexit : quel impact pour la croissance française ?
  • Les échanges économiques sont et seront toujours conditionnés par les accords internationaux en la matiére . Des droits et des devoirs seront supprimés, d'autres vont étre créés. Plus de 55 % des échanges commerciaux de marchandises Britanniques s'effectuent avec les anciens " dominions", l'impact ne sera donc ressenti que sur la moitié de ces échanges dont la France ne représente pas la partie essentielle. Concernant les grandes entreprises et industries , et les secteurs financiers les Britanniques resteront soumis aux règlements internationaux , .OMC, mais ne seront plus en mesures d'imposer à l'intérieur méme de l'Europe leur dictat en s'appuyant sur d'autre secteurs et éléments de discussion sur lesquels ils s'appuyaient jusqu'à ce jour. Toute médaille à son revers et bien des pays Européens vont retrouver eux aussi leur liberté en l'absence d'obligations communautéres désormais inexistantes. La France a bien plus à gagner qu'a perdre en situation de Brexit.

  • Vous parlez de croissance .....mais quelle croissance ????.....

  • c'est une annonce de sapin ? donc méfiance !
    pas d'inquiétude sur nombre de sujets commerciaux.....nada ! le calme plat ....
    soit le chiffon rouge brandit par l'UE n'est pas aussi rouge que ça....
    soit le vote ( consultation) ne vaut rien !
    On parle déjà de ne pas tenir compte de cette consultation.....3 millions de signataires contre le brexit demande de réviser le vote

  • La croissance en France , elle sent le sapin a exception du portefeuille des riches

  • tous les acteurs , experts , et conseillés economiques nous parlent de l'impact ( plus ou moins ) negatif du Brexit ...
    mais heureusement , notre " predicateur en chef " a , lui , une meilleur vue de l'avenir ...!
    il devrait voir , avec sa collègue de l'education , peut etre que , dans les ecoles maternelles , il aurait du succès ?

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