Audrey Chenu, de la prison à l'Education nationale

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 Audrey Chenu, le 29 mars 2017 à Bobigny (Seine-Saint-Denis)

Audrey Chenu, le 29 mars 2017 à Bobigny (Seine-Saint-Denis)

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© AFP, Lionel BONAVENTURE
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AFP, publié le vendredi 14 avril 2017 à 15h05

Société: à 36 ans, après un combat pour effacer son casier judiciaire, Audrey Chenu a tout de l'"institutrice modèle"

Pour le juge qui l'envoya en prison à 20 ans pour trafic de cannabis, elle était "irrécupérable". A 36, après un combat pour effacer son casier judiciaire, Audrey Chenu a tout de l'"institutrice modèle". Et rêve d'excellence pour les "enfants ghettoïsés" de Seine-Saint-Denis.

"Je ne suis pas un exemple. Mon parcours rappelle juste qu'un destin ne tient pas à grand-chose: pour moi, à la solidarité et l'amitié", se défend d'emblée la jeune femme, cheveux courts et visage mutin, toujours à la limite de la surchauffe.

Le slam, la boxe qu'elle enseigne à des femmes de Saint-Denis, les combats féministes et LGBT, sa passion pour la pédagogie Freinet: tout est désormais affaire de "lutte" dans la vie de l'ancienne "détenue Chenu", qui semble être enfin parvenue à assembler ses "différentes facettes".

Son histoire est d'abord celle d'une adolescence brisée. Malgré des apparences rassurantes - fratrie de quatre enfants, jolie maison dans les pâturages normands -, la famille se désagrège lentement autour d'un père psychotique.

Premier joint à 15 ans, petit deal dans la foulée pour "sa consommation personnelle". Quand la police l'arrête pour la première fois, elle a 19 ans et écoule 100 kilos de cannabis par semaine.

Suivront deux ans de descente aux enfers, entre la maison d'arrêt de Versailles et la prison de Fresnes où elle expérimente l'"inhumanité", "radicalisée par la détention" qui lui inocule la violence "comme une charge virale".

Paradoxalement, c'est aussi derrière les barreaux, à travers des rencontres-clés - ses codétenues, un prof de philo, une danseuse -, qu'elle découvre ce qui fera son salut: la solidarité, l'écriture, l'engagement politique et éducatif, le sport.

Alors que "le seul avenir proposé aux femmes incarcérées est coiffeuse, vendeuse ou agent administratif", elle se démène pour s'inscrire en fac de sociologie et passer ses diplômes. Lit Engels, Angela Davis ou le psychiatre Boris Cyrulnik, dont le concept de "résilience" alimente chez elle l'espoir d'une "deuxième vie". Ecoute et écrit du rap avec ses codétenues, pour "la rage, l'énergie et la poésie".

- Terrain de foot réservé aux filles  -

A sa sortie, c'est en animant des ateliers d'écriture auprès d'adolescents d'une cité qu'elle a le déclic: "Il fallait que j'enseigne." 

Problème de taille, le casier judiciaire qu'elle "se traîne comme un boulet" et l'empêche de passer les concours. "Même s'il n'y a qu'une chance sur 100 que ça aboutisse", elle dépose "une requête en effacement" et obtient, au bout d'un an, le feu vert.

Après avoir décroché le concours de professeur des écoles avec un 20/20 à "l'oral professionnel", elle s'ancre dans les écoles des quartiers les plus difficiles de Seine-Saint-Denis, en banlieue parisienne. Stains, La Courneuve, puis Bobigny, où elle enseigne depuis six ans dans une école enserrée par les tours de la cité Karl Marx, qui met en œuvre les méthodes alternatives Freinet.

Dans le hall, elle a fait installer des sacs de frappe pour la "boxe éducative",  afin d'"inscrire les valeurs dans le corps, sans discours". Et se réjouit que, deux jours par semaine, le terrain de foot, "toujours squatté par les garçons", soit réservé aux filles.

"C'est une personnalité forte et engagée, une enseignante modèle", dit Véronique Decker, la directrice. "Peu convaincue" au départ par les ateliers boxe, elle admet avoir vu "des gosses gagner en audace et en estime d'eux-mêmes".

"Dans ce département, les conditions de vie peuvent être inhumaines. J'ai des élèves qui dorment dans leur voiture, des tout petits impliqués dans des affaires de délinquance... On a parfois l'impression de tenir les murs pour ne pas que ça explose", raconte Audrey Chenu.

L'"excellence", pour ces enfants "ghettoïsés et stigmatisés", l'institutrice en rêve encore. Mais y croit de moins en moins. "Pendant 15 ans, j'ai tout trouvé dans ce territoire de +parias+. Mais l'ambiance a changé, les divisions entre communautés ont gagné... Je ne ferai sûrement pas de vieux os ici." Il lui reste désormais à trouver une nouvelle "terre d'exil" où elle pourra continuer à "bâtir des ponts", son obsession.

 
9 commentaires - Audrey Chenu, de la prison à l'Education nationale
  • Mais chez nous, tous les mecs qui sont passés par la case "détenu"ont eu droit à un stage de réinsertion et on trouvé du boulot. Et nos enfants, bien élevés et honnêtes, se traînent de petits boulots en petits boulots, sans pouvoir prendre un crédit, sans avenir quoi. Conclusion, il vaut mieux avoir fait de la taule, on est sûr d'avoir la priorité....

  • Pour être fonctionnaire il faut avoir un casier vierge, encore un passe droit de subversion gauchiste.

    désolé pour vous mais cette personne n a pas eu un passe droit gauchiste ,elle a obtenu l'effacement de sa sanction de son casier ,en déposant une requête en effacement et cela depuis plus de dix ans ,puisqu'elle a commencé à enseigner en 2006 sous sarko!!

  • donc pour avoir un emploi il faut passer par la case prison !!
    combien de nos jeunes clean n ont pas droit a un poste administratif ect...
    ou faire des etudes mais en prison 1 prof pour 3 detenus puis un emploi de fonctionnaire ... donc .....tout est dit !
    elle veut quoi ?? Une médaille ras le bol de donneur de leçons
    on va en classe on étudie .. qu en arrete de pleurer !!!
    *
    on a vu tv un expert ''reconnu" en antiquité * fonctionnaire dans un musée
    ..il avait fait ses etudes en prison ...il avait tué une policiere !!!

  • C'est SUPER de pouvoir se confesser à travers soi , connaitre ses maillons faibles , et les ressouder avec la communication , d'une grimace reçue , un sourire envoyé .Voilà une sacrée claque que l'on s'envoie , mais on l'apprécie . Sur , Boris Cyrulnik , j'ai lu " les nourritures affectives " la bible de toutes les religions, s'ouvrir aux autres , les portes ne se refermeront jamais

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