Au tribunal, le pneumologue Aubier empêtré dans ses "liens d'intérêt"

Au tribunal, le pneumologue Aubier empêtré dans ses

Le pneumologue Michel Aubier, ancien chef de service à l'hôpital Bichat à Paris, arrive au palais de justice de Paris le 14 juin 2017.

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AFP, publié le mercredi 14 juin 2017 à 19h52

Total lui versait près de la moitié de ses revenus annuels et il cumulait des "conventions" avec des laboratoires: jugé au tribunal pour "faux témoignage" devant une commission d'enquête du Sénat, le pneumologue Michel Aubier s'empêtre dans ses "liens d'intérêt" avec ses divers employeurs.

Après quatre heures d'audience consacrées à des points de procédure, dont une Question prioritaire de constitutionnalité de la défense rejetée par le tribunal, Michel Aubier, 69 ans, ancien chef de service à l'hôpital Bichat à Paris, est enfin interrogé. Mais il s'empêtre dans ses explications en affirmant n'avoir "absolument pas" le sentiment d'avoir menti.

Entendu le 16 avril 2015 par une commission sénatoriale qui le recevait pour évoquer le "coût économique et financier de la pollution de l'air", il avait prêté serment en promettant de dire "toute la vérité". Et déclaré dans la foulée n'avoir "aucun lien d'intérêt avec les acteurs économiques." Sauf que depuis 1997, il était employé comme médecin-conseil d'abord par Elf Aquitaine puis par Total.

L'enquête a révélé qu'en 2012, 2013, 2014 et 2015, il a touché près de 100.000 euros par an de la part du géant pétrolier. Il a également reçu des actions dans le cadre d'un plan d'épargne salariale.

La présidente calcule que ce que lui verse Total, c'est "presque" la moitié des revenus qu'il déclare annuellement - un peu plus de 200.000 euros. Son contrat de travail avec Total, qui lui octroyait également une voiture de fonction, prévoyait "neuf demi-journées par mois" d'activité dans l'entreprise. 

Le médecin siégeait par ailleurs au conseil d'administration de la "Fondation Total", une activité non rémunérée.

Michel Aubier assure qu'il était "absolument de toute bonne foi" face au Sénat, qui l'a dénoncé et a déclenché l'action judiciaire qui vaut au professeur de médecine d'être jugé pour "témoignage mensonger". Délit passible de jusqu'à cinq ans de prison et 75.000 euros d'amende.

- 'Rendre service' -

Pour le prévenu, "il n'y avait aucun conflit d'intérêt" entre une fonction relevant de la médecine du travail auprès de Total, et une intervention devant une commission sénatoriale consacrée à la pollution.

Cette intervention, il l'a d'ailleurs faite pour "rendre service" au patron de l'Assistance Publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP), Martin Hirsch, qui était empêché. 

"Voilà où je me retrouve maintenant", souffle le médecin, qui dit avoir payé toute cette affaire "au prix fort". 

Par exemple, il a dû changer de banque, explique le pneumologue, aujourd'hui retraité de l'AP-HP mais qui poursuit des recherches et continue son activité pour Total. Ce qui porte ses revenus mensuels à environ 20.000 euros.

Michel Aubier se défend d'être un "négationniste" en matière de pollution, assurant qu'il a été "l'un des premiers" à étudier le lien entre le diesel et l'asthme, par exemple.

La présidente lui rappelle qu'il n'est pas poursuivi pour des "conflits d'intérêts", ou pour le contenu de son intervention au Sénat.

Ce qui est en cause, relève-t-elle, ce sont de simples "liens" avec des acteurs économiques, qu'il était obligé de déclarer, face au Sénat mais aussi au quotidien, en vertu d'obligations de transparence pesant sur les professionnels de santé .

Ce type de liens, le médecin en a plusieurs: outre Total, il a passé des conventions, parfois peu rémunératrices, avec onze laboratoires, par exemple Roche et Servier.

Michel Aubier déclare de manière aléatoire ces diverses collaborations, selon qu'il s'adresse à l'AP-HP, qui se porte partie civile contre lui, à l'université qui l'emploie, ou à d'autres organismes.

"Vous faites le tri", constate une juge assesseur. 

Le sénateur Jean-François Husson, qui présidait la commission sur le coût de la pollution, et qui a fait prêter serment à Michel Aubier, vient peu après à la barre pour réclamer une peine "exemplaire", au nom du "respect de nos institutions".

Le procès doit s'achever en début de soirée avec les plaidoiries et les réquisitions. La décision sera rendue à une date ultérieure.

 
24 commentaires - Au tribunal, le pneumologue Aubier empêtré dans ses "liens d'intérêt"
  • Sauvageon  (privé) -

    L'affaire Aubier n'est qu'une parmi tant et tant d'autres.

    Cela fait maintenant longtemps que nous Français nous sommes rendus compte combien tout ces beaux messieurs et ces belles dames, soient disant chargé de se prononcer avec impartialité, sont pour beaucoup d'entre eux en lien avec les industries.

    Amiante, sang contaminé, pesticides, OGM, médicaments, alimentation, nucléaire... Aucun secteur n'échappe à la corruption. Les instances chargées de réguler ont souvent été de mèche avec ceux dont elles sont censées contrôler les faits et gestes.

    Le fric, comme toujours, les seul et unique maître du jeu. Dieu universel qui se fout de morale et des lois, tout comme il se fout de la vie et de la mort des citoyens de ce monde, pourvu qu'il remplisse les poches de cette oligarchie planétaire.
    Infime minorité possédant plus de poids sur les décisions prises par nos dirigeants que les millions de voix d'un vote citoyen et démocratique.

    Voilà ou se trouve le vrai pouvoir de ce monde que nous avons créé, et que nous défendons par notre soumission servile.

  • l'éthique il ne connait pas

  • J'aime la République en marche, j'ai honte de voir que porte "serviette et parapluie" et quand je vois MADAME MERKEL quelle classe et quelle humilité.

  • il faut s'attaque,r par exemple, aux privilèges des anciens présidents de la république et de tous ceux qui profitent de somptueuses retraites avec nos impôts; Et pas 2000€ par mois.
    Hollande disait que l'on était aisés avec 2000€ par mois

    pourquoi pas mais quel lien avec cette affaire

  • Il a les moyens de se payer de très bons avocats , ça devrait bien se passer , entre gens bien élevés , on se comprend et puis il ne s’agit que de quelques centaines de milliers d'euros ...

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