Attentats de Paris : le récit du commissaire qui est intervenu au Bataclan

Attentats de Paris : le récit du commissaire qui est intervenu au Bataclan

Des policiers devant le Bataclan, à Paris, le 17 mars 2016. (Illustration)

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Orange avec AFP, publié le mercredi 13 juillet 2016 à 09h20

- C'est un récit glaçant, au coeur des attentats qui ont ébranlé la France, que livre le policier qui est entré dans le Bataclan au moment du massacre. -

Il est devenu un héros en pénétrant le premier dans le Bataclan, le soir du 13 novembre.

Le commissaire divisionnaire de la BAC qui avait mis fin à la tuerie dans la salle de concert a livré -à huis-clos et sous couvert d'anonymat- le récit de la soirée, devant la commission d'enquête parlementaire. Il a été rendu public mardi 12 juillet.

"Pour nous, tout le monde était mort". Dès les premiers instants, le policier et son chauddeur, également policier, prennent conscience de l'ampleur des événements. "Mon attention s'est immédiatement portée sur les personnes décédées, au sol, devant nous. Je me rappelle en avoir vu deux: un homme devant le Bataclan Café et une femme devant l'entrée. Nous avons été marqués parce qu'une personne filmait avec un téléphone portable. Nous lui avons dit de dégager. Nous entendions des tirs", se souvient-il. C'est alors l'appel du devoir qui prend le dessus. "Nous nous sommes regardés, je crois avoir dit: 'Il faut qu'on y aille'. Je ne suis même pas certain qu'il m'ait répondu: il m'a regardé et cela m'a suffi pour comprendre que nous étions sur la même longueur d'onde et que dès lors, nous ne faisions plus qu'un".

Vers 21h54, moins de 15 minutes après l'attaque des jihadistes, les deux hommes pénètrent dans le Bataclan, et tombent immédiatement sur des rescapés. "Dès que nous avons commencé à progresser, les portes battantes en bois du Bataclan se sont ouvertes vers nous, et entre quinze et trente personnes ont fui en courant dans notre direction et en hurlant", explique-t-il.

DES CORPS ENCHEVÊTRÉS, PARFOIS SUR 1 MÈTRE DE HAUTEUR

Comme l'ont souligné les enquêteurs, c'est bien leur intervention qui a mis fin à la tuerie et aux exécutions. "À partir du moment où nous avons commencé à progresser dans le couloir, les tirs ont cessé, et quand nous sommes rentrés, il n'y en avait plus aucun, c'était le silence.

C'est à ce moment-là que les focntionnaires sont soumis à la vision d'horreur décrite par la plupart des policiers et des secouristes qui sont intervenus sur les lieux. "Là, la vision était indescriptible - vous pouvez l'imaginer. Des centaines de corps - pour nous, tout le monde était mort - étaient enchevêtrés les uns sur les autres: devant le bar, dans la fosse, parfois même entassés sur plus d'un mètre de hauteur", déclare le commissaire.

"UN SILENCE GLACIAL"

"Personne ne bougeait, il n'y avait pas de gémissements, pas de bruit, il régnait un silence glacial. L'un des terroristes, que nous avons identifié ultérieurement comme Samy Amimour [...] est apparu sur la scène. Il était face à nous et tenait à la main son fusil d'assaut en menaçant un jeune homme à quelques mètres de lui", explique le policier qui se souvient des faits avec une précision clinique.

"J'ai tiré quatre fois, et mon équipier deux fois. L'individu a poussé un râle, s'est affaissé et est tombé au sol. Nous étions environ à 25 mètres." Quelques instants plus tard, une explosion se produit, mais les deux policiers ne comprennent pas tout de suite que c'est le terroriste qui a explosé.

Il est 21h57, selon la chronologie établie a posteriori par les enquêteurs. S'ensuit des échanges de tirs dans la salle, poussant les policiers à se protéger, jusqu'à une accalmie.

"Nous étions certains de ne pas ressortir vivants de cet enfer-là", révèle le commissaire.

"HUMAINEMENT, ON NE POUVAIT PAS RESTER À L'EXTÉRIEUR"

Dans une situation très défavorable, le commissaire ordonne le repli. "Nous n'étions que tous les deux, nous n'avions pas d'armes longues, nous ne savions pas où étaient les terroristes. J'ai donc décidé de ressortir pour voir si des renforts étaient arrivés."

Puis l'horreur est montré d'un cran : les terroristes ont commencé à exécuter les survivants. "Puis les coups de feu ont repris à l'intérieur. Et cette fois, c'était vraiment du coup par coup. Nous comprenons donc qu'ils sont en train d'exécuter des gens." Une situation qui pousse les deux hommes à replonger dans "l'enfer". "Humainement, compte tenu de ce qui se passait -on sentait bien qu'ils étaient en train d'achever les otages-, on ne pouvait pas rester à l'extérieur."

"Nous sommes donc tous retournés à l'intérieur (il y a désormais une dizaine de policiers de BAC franciliennes, NDLR). Il y a encore eu des tirs dans notre direction, sans que l'on puisse réellement savoir d'où ils provenaient. J'ai riposté deux fois", se souvient le policier.

"LES VIVANTS FAISAIENT SEMBLANT D'ÊTRE MORTS"

Finalement, les tirs s'arrêtent encore une fois, et le calme revient dans le bâtiment, à peu près au moment de l'arrivée de la BRI. "Les gens ne bougeaient toujours pas devant nous; on sentait bien que même les vivants faisaient semblant d'être morts", explique le commissaire

La BRI commence alors à progresser dans les étages, libérant les policiers de la BAC de l'intervention en première ligne. Ils se tournent alors vers le secours aux victimes.

"Au bout d'un moment, il n'y a plus eu de mouvements ni de tirs. J'ai décidé d'aller chercher les victimes qui étaient dans la fosse à quelques mètres de nous. Les gens ont commencé à bouger et à se manifester. Nous avons commencé à mettre en place une noria d'évacuation, avec toutes les difficultés présentes: le sol était extrêmement glissant car il y avait du sang et des douilles partout. Nous étions obligés d'enjamber ou de déplacer des personnes décédées. Il y avait également des personnes dont nous savions très bien qu'elles étaient blessées sérieusement, mais qu'il fallait que l'on extraie quand même, sans pouvoir utiliser les gestes de secours habituels pour le transport des victimes", deplore le policier.

 
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