Attentats de Paris : le défi de la traque de Salah Abdeslam

Attentats de Paris : le défi de la traque de Salah Abdeslam

Des policiers belges à Molenbeek le 18 mars 2016, jour de l'arrestation de Salah Abdeslam.

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Orange avec AFP, publié le jeudi 30 juin 2016 à 17h00

- Après avoir pu consulter les documents qui retracent la traque du seul survivant des attentats du 13 novembre, Le Monde livre le récit d'une chasse à l'homme inédite. -

Le 18 mars dernier Salah Abdeslam est arrêté à Molenbeek, commune bruxelloise, après quatre mois et quatre jours de cavale.

Blessé à la jambe durant l'opération de police, le seul survivant des attentats du 13 novembre est tout d'abord incarcéré en Belgique avant d'être remis aux autorités françaises le 27 avril. Il a été mis en examen pour assassinats et relation avec une entreprise terroriste et écroué à Fleury-Mérogis.

Dans la soirée du 13 novembre, il arrive dans le nord de Paris à 21h59 dans une Clio noire de location. Il racontera aux enquêteurs qu'il devait se faire exploser avec les trois autres kamikazes qu'il a déposés près du Stade de France mais qu'il a finalement renoncé. Il dépose la voiture dans le 18e arrondissement de Paris, mentionné par Daesh dans sa revendication, puis se rend dans la banlieue sud de la capitale, à Montrouge, où un gilet d'explosifs sera retrouvé le 23 novembre.

Dans la nuit du 13 au 14, la voiture qui le transporte est arrêtée à un contrôle routier à Cambrai, près de la frontière franco-belge. Un homme présente aux gendarmes des papiers au nom de Salah Abdeslam. La voiture est autorisée à repartir, Salah Abdeslam étant inconnu des services français et ne figurant pas dans les fichiers, à l'inverse des services belges. Un mandat d'arrêt européen est alors délivré contre lui le 24 novembre. Pendant quatre mois, il reste introuvable. Que s'est-il passé jusqu'à son arrestation le 18 mars ? Pour arrêter l'homme considéré comme l'ennemi public numéro 1, la police a fait face à un "défi de quatre mois aussi haletant qu'épuisant", explique ce jeudi 30 juin Le Monde, qui a eu accès aux centaines de documents qui retracent sa traque. Une chasse à l'homme qui "restera comme un morceau exception d'histoire policière et judiciaire", selon le journal.

"Salah Abdeslam est plus que certainement incapable de gérer sa cavale sans complicités extérieures". Cette remarque d'un enquêteur sera le point central de l'enquête. La police se concentre sur l'entourage du fuyard et enquête dans les communes bruxelloises de Schaerbeek et Molenbeek. Depuis le début de l'enquête, 16 personnes, 15 hommes et une femme, ont été mis en examen en Belgique et sept sont soupçonnés de lui avoir apporté de l'aide dans sa cavale, à l'instar de Hamza Attou, mis en examen et écroué en France ce lundi. Le Belge de 22 ans avait exfiltré Abdeslam après les tueries du 13 novembre. Toute la famille du terroriste présumé est également soupçonnée.

BELLES VOITURES ET FAUX PAPIERS

C'est néanmoins une autre piste qui va permettre de remonter jusqu'à Abdeslam : celle des belles voitures, particulièrement appréciée par "la petite pègre de Molenbeek", ainsi que la décrit Le Monde, et notamment par Khalid El Bakraoui et "sa fâcheuse habitude de louer des BMW ou des Audi A6 avec GPS embarqué". Les trajets de l'homme, identifié depuis comme un logisticien du 13 novembre et kamikaze du métro de Bruxelles du 22 mars, sont donc retraçables. Les policiers vont remonter jusqu'à quatre planques différentes utilisées par Abdeslam ou ses complices lors de la préparation des attaques de Paris ou durant sa cavale à Auvelais, Schaerbeek, Charleroi et Forest.

En parallèle, une enquête judiciaire sur une filière de faux papiers progresse. La filière est en cours de démantèlement depuis octobre 2015 et la police a trouvé que trois terroristes du 13 novembre y ont eu recours, dont Abdeslam qui "s'est camouflé avec une perruque ridicule façon coupe au bol des années 1970 et des lunettes gigantesques". En approfondissant les recherches, les enquêteurs découvrent alors l'alias de Khalid El Bakraoui et découvrent une adresse à Forest. Le 15 mars, ils décident alors de perquisitionner les lieux et tombent "nez à nez avec un canon de kalachnikov".

Les forces spéciales ne sont pas assez bien préparées et mal équipées. Plusieurs policiers seront blessés avant que le tireur ne soit abattu. Il s'agit de Mohamed Belkaïd, l'un de ceux qui ont coordonné les attaques du 13 novembre à distance, et déjà interpellé en novembre dernier. Il avait alors nié connaître personnellement Abdeslam et été remis en liberté. Durant la perquisition musclée, deux hommes parviennent à s'enfuir : Sofien A., alias Amine Choukri, un jeune homme de 22 ans proche de la nébuleuse jihadiste tunisienne, et Salah Abdeslam.

Grâce à d'autres écoutes, le fuyard sera repéré : juste après l'intervention dans l'appartement de Forest, Abid A., figure du milieu salafiste de Molenbeek, appelle un numéro visiblement utilisé par Abdeslam. Un homme qui était également surveillé par la police mais dont le quotidien n'a jamais permis de douter de sa bonne foi. Pourtant, c'est chez la mère handicapée de ce dernier, à Molenbeek, qu'Abdeslam se cache. Le 18 mars, les enquêteurs l'y retrouve "fatigué, amaigri", aux côtés de Sofien A. Il tente de s'enfuir, il est rapidement maîtrisé à l'aide d'une balle dans la jambe. Dans la cave du petit deux-pièces, les enquêteurs constateront "la présence d'un gros tapis à même le sol ayant visiblement servi de couchage, à côté duquel nous trouvons des restes de nourriture (boîte de pizza, bouteille de soft vide, biscuits, banane...) et six packs d'eau".

 
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