Attentats de Paris : la France "n'était pas prête" selon la commission d'enquête

Attentats de Paris : la France

Le président et le rapporteur de la commission d'enquête, Georges Fenech (LR) et Sébastien Pietrasanta, le 20 juin 2016 à l'Assemblée.

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Orange avec AFP, publié le mardi 05 juillet 2016 à 09h59

- La commission d'enquête parlementaire sur les attentats commis en France en janvier et novembre 2015 (147 morts, 496 blessés au total) rend ses conclusions ce mardi 5 juillet. Elle soumet au vote 39 propositions concernant le renseignement, la justice, le pénitentiaire ou encore la médecine.

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Six mois d'enquêtes, près de 200 heures d'auditions, 190 entretiens dont ceux de quatre ministres... Près de huit mois après les attaques jihadistes les plus meurtrières jamais perpétrées en France, la commission d'enquête parlementaire sur les attentats de 2015 avance ce mardi 39 propositions pour lutter contre le terrorisme jihadiste. Il n'y a "pas eu de gros ratés" dans la gestion des attentats parisiens de 2015, mais la France n'était "pas prête" à affronter des attaques jihadistes de cette ampleur, ont expliqué le rapporteur et le président de la commission, le socialiste Sébastien Pietrasanta et le Républicain (LR, ex-UMP), Georges Fenech.

"ÉCHEC GLOBAL DU RENSEIGNEMENT"

"Les deux grands patrons du renseignement ont reconnu pendant leurs auditions que les attentats de 2015 représentent un 'échec global du renseignement'", révèle cependant Sébastien Pietrasanta. "Face au défi du terrorisme international, il faut des ambitions beaucoup plus élevées que ce qu'a mis en œuvre jusqu'à maintenant le ministère de l'Intérieur en termes de renseignement", a ajouté Georges Fenech. "Notre pays n'était pas préparé, maintenant il faut se préparer", a-t-il poursuivi.

Le premier constat porte sur le profil des terroristes. Comment ces personnes radicalisées ont-elles pu échapper à la surveillance des autorités ? Comment leurs plans n'ont-ils pas été déjoués ? Les services de renseignement ont-ils été défaillants ? La grande majorité des jihadistes avaient été fichés, contrôlés, écoutés ou incarcérés. "Par exemple, le cas de Saïd Kouachi (l'un des auteurs de la tuerie contre Charlie Hebdo, le 7 janvier 2015), il était surveillé par les services parisiens", explique à BFM TV Georges Fenech. "On lève la surveillance parce qu'il quitte la région parisienne, la surveillance est reprise par le Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) qui va ensuite la lever six mois avant les attentats contre Charlie Hebdo. On voit bien que dans l'absence de continuum d'un seul service, il peut y avoir des ruptures qui peuvent avoir des conséquences graves". Après les attaques contre l'hebdomadaire satirique, le ministre de l'Intérieur de l'époque, Manuel Valls, avait reconnu que lorsqu'il y a "17 morts, c'est qu'il y a eu des failles."


INSTAURER UNE VRAIE COORDINATION AU SOMMET

"Est-il normal que le travail de la DGSI s'arrête à la frontière parisienne ?", questionne-t-il dans le Figaro. Pour le député de l'opposition, ce constat n'est "pas acceptable". En réponse, la commission propose une refonte du système de renseignement avec la création d'une agence nationale de lutte contre le terrorisme. Objectif ? Regrouper tous les services de renseignement (police, gendarmerie, militaires) dans un service unique directement rattaché au ministre de l'Intérieur et au président de la République. "Il faut transférer les compétences de la Direction parisienne du Renseignement à la DGSI", poursuit Georges Fenech dans Le Figaro. "Nous avons constater, lors de nos déplacements à l'étranger, qu'aucun responsable des services israélien, grec, turc ou américain, n'était capable de désigner clairement leur homologue chargé de l'antiterrorisme en France", déplore le député.

Dans Le Figaro, le président de la commission pointe également, "à titre personnel", des "aberrations" mises à jour au fil des auditions : "Devant le Bataclan, les policiers de la BAC, arrivés les premiers, voulaient au moins que les militaires de l'opération Sentinelle, arrivés sur place, leur prêtent leur fusils d'assaut Famas, puisque les militaires n'avaient pas le droit de tirer. Et ils ont essuyé un refus", explique le député Les Républicains (LR, ex-UMP) du Rhône. Selon des échanges radio enregistrés sur le réseau de la police parisienne le soir du 13 novembre, quatre militaires sont arrivés rapidement devant la salle de concert. Ils n'ont jamais reçu l'ordre ou l'autorisation de s'engager dans l'établissement. Fin mai, L'un de six juges d'instruction chargés de l'enquête a demandé des explications sur les conditions d'intervention des militaires au ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian.

RENFORCER LE RENSEIGNEMENT PÉNITENTIAIRE

La commission constate également un "échec" des services de renseignement pénitentiaire. Le cas d'Amédy Coulibaly, tueur de l'Hyper Cacher en janvier 2015, est emblématique de ces faille, domaine dans lequel "tout est à faire" a reconnu le ministre de la Justice Jean-Jacques Urvoas lors de son audition par la commission. Depuis, le gouvernement a renforcé les moyens et le droits des services pénitentiaires, mais le ministre a concédé avoir reçu très peu de retours, dans les premiers mois ayant suivi son arrivée place Vendôme. Condamné plusieurs fois, notamment lors du procès d'un projet d'évasion de Smaïn Aït Ali Belkacem, l'un des auteurs des attentats de 1995, Amédy Coulibaly est sorti de prison sans que l'information ne soit transmise, ni qu'aucune surveillance ne soit prévue, alors même que sa radicalisation ne faisait plus de doute.

Quant au cas de Samy Amimour, assaillant du Bataclan qui a pu aller en Syrie en 2013 malgré une interdiction de sortie du territoire, "il est emblématique des défaillances du contrôle judiciaire", estime Sébastien Pietrasanta. "L'ancien juge d'instruction antiterroriste Marc Trévidic, pendant son audition, nous a expliqué que trafiquants de shit et terroristes font l'objet du même traitement, les seconds n'étant pas plus surveillés que les autres", explique le rapporteur. La commission suggère de continuer à augmenter le nombre de magistrats. Elle propose également de supprimer les réductions de peines automatiques pour toutes les personnes condamnées pour actes terroristes.

PORTÉE LIMITÉE DE L'ÉTAT D'URGENCE ET DE L'OPÉRATION SENTINELLE

Pour la commission d'enquête, l'état d'urgence (instauré le 14 novembre et prolongé jusqu'à la fin juillet) a eu une portée limitée et l'opération Sentinelle n'a pas prouvé son efficacité aux yeux des députés, estime le rapporteur, le député socialiste Sébastien Pietrasanta, qui s'interroge sur "l'efficacité réelle de ce dispositif dans la sécurisation du territoire national".

La commission d'enquête s'est également penchée sur l'intervention des secours. Si Sébastien Pietrasanta avoue avoir d'abord été "très critique" sur la prise en charge des victimes dans la salle de spectacles du Bataclan et aux terrasses de cafés et restaurants parisiens visés par les attaques, il dit avoir été "convaincu" par les auditions notamment du directeur général de l'Assistance Publique-Hôpitaux de Paris Martin Hirsch. "Les secours ont été gérés dans les meilleures conditions possibles suivant les circonstances", approuve aussi Georges Fenech. Le principal problème, selon la commission, a été l'évacuation des victimes, qui a pu être retardée par le fait que les secours d'urgence n'avaient pas accès au périmètre des forces d'intervention. Dans ses 39 propositions, la commission préconise ainsi l'instauration de "colonnes d'extraction" des victimes. Elle suggère aussi de former médecins, infirmiers ou encore secouristes à la médecine de guerre.

Pour les victimes et les proches des personnes tuées le 13 novembre, les "dysfonctionnements" ont été nombreux, notamment pendant l'intervention des forces de l'ordre le soir des attaques, dans la prise en charge des blessés par les services de secours ou encore pour l'identification des corps et des blessés. Sans compter le parcours du combattant administratif pendant des mois après le drame.

 
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