Attentat de Sarcelles: Bailly chargé par un "petit frère" coaccusé

Attentat de Sarcelles: Bailly chargé par un

Un croquis d'audience de Jeremy Bailly, considéré comme le numéro 2 de la filière jihadiste de Cannes-Torcy, le 21 avril 2017 à la cours d'assises spéciale à Paris

Twenty people are facing trial, including three...

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AFP, publié le jeudi 18 mai 2017 à 18h35

"C'est Bailly." Aux assises de Paris, Kevin Phan a enfoncé jeudi la ligne de défense construite par Jérémy Bailly, son chef, son "grand frère", le désignant comme l'homme qui a lancé une grenade en septembre 2012 dans une épicerie casher de Sarcelles.

Pendant des heures, Jérémy Bailly, considéré comme le n°2 du groupe jihadiste de Cannes-Torcy dont vingt membres sont jugés pour l'attentat de Sarcelles et d'autres projets d'attaques, a tenté de convaincre qu'il était étranger à ce crime.

Le 19 septembre 2012, vers 12H30, deux hommes vêtus de sweat-shirts à capuche entrent dans l'épicerie Naouri et jettent une grenade qui, allant se loger sous une rangée de chariots métalliques, ne fera miraculeusement qu'un blessé.

Les enquêteurs désignent Jérémie Louis-Sidney, le chef du groupe qui sera tué lors de son interpellation, et Jéremy Bailly, son "lieutenant", comme étant ces deux hommes : l'empreinte génétique du premier a été retrouvée sur la grenade et le second est dénoncé par un co-accusé, Kevin Phan.

Le benjamin du groupe, aujourd'hui 23 ans, a reconnu en garde à vue avoir été le chauffeur de l'équipée, avant de blanchir Bailly au cours de l'instruction.

A la barre, Jérémy Bailly "ne comprend pas ces déclarations" : "C'est quelque chose qui sort de la raison. J'aurais jeté même trois grenades, je l'aurais dit. J'ai reconnu tout ce que j'avais fait, les braquages, les armes, les projets, mais ça non".

Mais pourquoi Kevin Phan aurait-il menti ? Bailly suggère qu'il le "chargeait pour se protéger lui-même".

De sa voix posée, Phan explique à la cour qu'il s'est rétracté parce qu'il a "eu peur" de ce "gars du quartier", de sept ans son aîné.

 

- 'Des gens avec des kippas' -

A l'avocat de Bailly qui cherche à le cuisiner sur son revirement, il répond : "Quand j'ai su qu'il y avait une reconstitution, j'ai craqué. Juste sa présence, ça m'a mis beaucoup de pression." "Mais vous étiez entouré de six policiers du Raid", remarque l'avocat. "Ça change rien. Quand je rentre en cellule, je suis tout seul", lâche Kevin Phan, qui ne dira jamais directement avoir été menacé.

Juste qu'il avait "peur de Bailly", parce qu'à ce moment-là "il n'y avait plus que lui, Anas (alias Jérémie Louis-Sydney) était mort".

A la cour, Kevin Phan a raconté cette journée : Anas qui l'a convoqué à 09H00 devant chez Jérémy Bailly. "Il est arrivé en Alfa Roméo, m'a demandé de conduire". Anas est à côté sur le siège "passager", Bailly "à l'arrière", direction Sarcelles.

"Je ne savais pas ce qu'on allait faire", affirme le jeune homme. "On est passé devant l'épicerie Naouri et là Anas a dit : +regarde!+ à Jérémie. Il y avait des gens avec des kippas."

"Anas" a pris le volant, se gare et demande à Kevin de "se tenir prêt à redémarrer". "Là je me dis qu'ils vont faire un braquage chez des juifs. J'ai à peine eu le temps de m'installer qu'ils sont revenus en courant. J'ai compris qu'Anas était tombé - une scène que l'on voit sur une vidéo diffusée à l'audience. A ce qu'ils racontaient, j'ai compris que c'est Bailly qui avait lancé la grenade".

"Je regrette. J'aurais dû aller à la police", répète Kevin Phan, qui encourt comme Bailly la réclusion criminelle à perpétuité. 

Plus tard dans la journée, l'Alfa Roméo est incendiée par Bailly, qui ne le conteste pas : "C'est moi qui l'avait volée à Cannes, il y avait mes empreintes partout, alors bien sûr que je l'ai brûlée".

En revanche, Jérémy Bailly ne s'explique pas vraiment pourquoi son téléphone portable a été éteint ce 19 septembre entre 10H43 et 13H07, "en même temps que ceux de JLS (Jérémie Louis-Sidney) et Kevin Phan", suggère que JLS le lui avait "demandé".

La confrontation n'aura fait flancher personne.

Pour Jérémy Bailly, "y'en a qui ont des principes, d'autres pas". Au président qui lui demande s'il maintient n'avoir pas participé à l'attentat, il répond : "Je maintiens fermement."

Le procès se poursuit jusqu'au 21 juin.

 
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