Attentat de Nice : "Paris Match" reste en kiosque mais toute nouvelle publication des photos est interdite

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 Des policiers le 15 juillet 2016 devant le camion qui a foncé dans la foule sur la Promenade des Anglais à Nice la veille, faisant 86 morts.

Des policiers le 15 juillet 2016 devant le camion qui a foncé dans la foule sur la Promenade des Anglais à Nice la veille, faisant 86 morts.

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© AFP, ANNE-CHRISTINE POUJOULAT
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Orange avec AFP, publié le jeudi 13 juillet 2017 à 19h22

La publication d'images de l'attaque de Nice dans le dernier numéro de l'hebdomadaire avait suscité une vive polémique.

La justice a interdit jeudi "toute nouvelle publication" de deux photos de l'attentat du 14 juillet 2016 à Nice publiées jeudi par Paris Match, y compris sur internet, mais n'a pas ordonné le retrait des kiosques de l'hebdomadaire.

Selon le tribunal, ces deux photos "portent atteinte à la dignité humaine". En revanche, "le retrait des kiosques du numéro litigieux ne saurait constituer une mesure efficiente, dès lors que le numéro litigieux est déjà en vente", ont estimé les juges.

Plus tôt dans la journée, jeudi 13 juillet, le parquet de Paris avait assigné Paris Match en référé pour obtenir en urgence le retrait du numéro du magazine publié ce jour. Le ministère public, qui assigne Hachette Filipacchi Médias (le groupe auquel appartient le magazine) et la directrice de publication de Paris Match, "demande au tribunal d'ordonner le retrait de la vente" du magazine et "l'interdiction de diffusion sous tous formats, notamment numérique". Le parquet de Paris a également ouvert une enquête pour "violation du secret de l'instruction et recel" de ce délit. Les investigations sont confiées aux enquêteurs de la Brigade de répression de la délinquance contre la personne (BRDP). Le tribunal doit rendre sa décision jeudi à 18h00. 

Le soir du 14 juillet 2016, sur la Promenade des Anglais bondée à l'occasion du feu d'artifice, Mohamed Lahouaiej-Bouhlel, un Tunisien de 31 ans, fonçait dans la foule à bord d'un camion bélier. 86 personnes y ont trouvé la mort, dont de nombreux enfants. Des centaines d'autres ont été blessées.

"Sensationnel", "morbide et voyeuriste"

La Fédération nationale des victimes d'attentats et d'accidents collectifs (Fenvac) et l'association Promenade des anges, qui rassemble les proches des victimes de l'attentat de Nice, avaient demandé mercredi au parquet de Paris d'intervenir pour "faire cesser ce trouble manifestement illicite". "Ces captures d'écran, publiées sans précaution aucune, portent atteinte à la dignité des victimes et de leurs proches", et sont publiées "uniquement pour faire du sensationnel" et "créer une atmosphère morbide et voyeuriste", dénoncent les associations. Le maire de Nice Christian Estrosi dénonce lui aussi la publication de ces images "insoutenables et abjectes", "qui ne manquera pas de raviver la douleur des familles".

Paris Match évoque le "droit à l'information"

De son côté, Paris Match défend son "droit à l'information". "Quant aux photos du camion cette nuit-là, largement publiées et relayées par nos confrères depuis un an, et encore ces jours-ci dans des émissions de télévision à grande audience, il s'agit de vues de loin, de plans larges, sans identification possible des victimes ni atteinte à leur dignité, explique Olivier Royant, le directeur de la rédaction, dans un billet sur le site du magazine. Elles sont publiées dans un souci de compréhension des événements. Paris Match entend défendre becs et ongles le droit des citoyens, au premier chef le droit des victimes, de savoir ce qui s'est passé exactement. Il exercera avec responsabilité mais avec fermeté sa liberté d'informer qui est un fondement de la démocratie", argue le journaliste.

Boycott de certains kiosquiers niçois

Selon Nice-Matin, une trentaine de kiosquiers de la ville ont décidé de ne pas mettre en vente le dernier numéro de Paris Match. "La tristesse d'une ville et de ses victimes ne se monnaie pas ! Pas de Paris Match cette semaine. Merci de votre compréhension", a écrit Alex Routier ce jeudi matin dans ses cinq magasins de Nice et de Cagnes-sur-Mer. Une décision saluée par Christian Estrosi dans un tweet. 

"J'ai enlevé Paris Match partout. Je trouve ça abject et inutile. C'est purement mercantile". Il en a fait part à la direction de Paris Match, conscient de s'exposer à d'éventuelles poursuites pour refus de vente, explique le quotidien régional. "Je l'assume totalement. On rendra les invendus. Nous ne sommes pas des censeurs, mais ce drame nous touche au plus près. Certains font valoir leur droit à l'information ; moi, je fais valoir mon droit au deuil !". Selon un autre commerçant interrogé par Nice-Matin, l'édition de cette semaine se vend néanmoins "comme des petits pains".

Le retrait d'une parution, une sanction rarissime

"Il n'y a pas de photos montrant le visage des victimes ou portant atteinte à leur dignité. Les images montrent le camion de très loin au moment où il arrive sur la foule, et des silhouettes de gens qui marchent", avait défendu l'avocate du journal, maître Marie-Christine Percin. À la suite de l'attentat de Nice, plusieurs médias avaient déjà été pointés du doigt pour avoir diffusé des images de victimes sur la Promenade des Anglais. Le Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA) avait appelé l'ensemble des médias audiovisuels à "la prudence et à la retenue, protectrices de la dignité humaine et de la douleur des personnes".

En France, le retrait de la vente d'une parution est rarissime et ces sanctions se comptent sur les doigts de la main. Dernier cas en date : l'interdiction, en 2009, du magazine "Choc", qui avait publié une photo d'Ilan Halimi aux mains de ses tortionnaires. En 2006, le jeune juif de 23 ans avait été enlevé, torturé et tué par le "gang des barbares" de Youssouf Fofana. En janvier 1996, le livre du médecin de François Mitterrand, le Dr Claude Gubler, "Le grand secret", paru une semaine après la mort de l'ancien président, avait été retiré de la vente à la demande de la famille, pour "intrusion particulièrement grave dans l'intimité de la vie privée et familiale". 

 
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