Attentat à Nice : Mohamed Lahouaiej Bouhlel, un tueur au profil difficile à cerner

Attentat à Nice : Mohamed Lahouaiej Bouhlel, un tueur au profil difficile à cerner

Extrait du permis de séjour de Mohamed Lahouaiej-Bouhlel, le tueur de Nice.

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Orange avec AFP, publié le lundi 18 juillet 2016 à 18h58

- L'intérêt du tueur de Nice pour la "mouvance jihadiste radicale" était "récente" selon le procureur de Paris, qui a également décrit un homme violent et "très éloigné des considérations religieuses". -

Quatre jours après l'attentat à Nice, qui a fait 84 morts, le profil du tueur se dessine peu à peu.

Les premiers éléments de l'enquête montrent la radicalisation éclair de Mohamed Lahouaiej-Bouhlel et font ressortir le "profil sadique ultraviolent" du jeune homme de 31 ans, né le 31 janvier 1985 en Tunisie. Arrivé en France depuis la Tunisie en 2005, il avait régularisé sa situation l'année suivante et épousé une Niçoise franco-tunisienne, avec qui il a eu trois enfants. Le couple, en instance de divorce, était toujours habillé à l'occidentale, selon tous les témoignages. Son père, avait perdu depuis longtemps le contact avec ce fils, qui n'avait selon lui "aucun lien avec la religion": "Il ne faisait pas la prière, il ne jeûnait pas, il buvait de l'alcool, il se droguait même".

UNE SEXUALITÉ DÉBRIDÉE

Dans la petite salle de sport que le chauffeur-livreur fréquentait à Nice jusqu'à il y a deux ans environ, Mohamed Lahouaiej-Bouhlel a laissé le souvenir d'un "frimeur", un "dragueur" un peu "lourd", rapporte un témoin. Là, le jeune homme avait même pris des cours de salsa, et "venait faire du sport pour faire le beau". Les auditions des témoins tracent le portrait d'un jeune homme à la sexualité débridée. Un homme de 74 ans entendu par les enquêteurs est même présenté par certains comme un de ses amants.

VIOLENT

Inconnu des services de renseignements, il était en revanche connu des services de police pour des faits de menaces, violences, vols et dégradations commis entre 2010 et 2016. Le 24 mars, il avait été condamné à Nice à six mois de prison avec sursis pour des violences volontaires avec arme, une "palette", commises en janvier, lors d'une altercation liée à un accident de la circulation. Placée en garde à vue, son ex-épouse a également confié qu'elle subissait "des coups répétés de son mari, des violences physiques et du harcèlement".

Son père, Mohamed Mondher Lahouaiej-Bouhlel, décrit lui aussi un jeune homme souffrant d'accès de violence, ayant eu entre 2002 et 2004 "des problèmes qui ont provoqué une dépression nerveuse. Il devenait colérique, il criait, il cassait tout ce qui se trouvait devant lui". Un habitant de son ancien immeuble "Le Bretagne" où le tueur vivait avec son épouse, se souvient d'un homme ayant des problèmes relevant de la "psychiatrie": "Il faisait des crises. Quand il s'est séparé de sa femme, il a déféqué partout, trucidé le nounours de sa fille à coups de poignard et lacéré les matelas".


PAS DE LIENS ÉTABLIS AVEC LES RÉSEAUX TERRORISTES....

Des liens entre Mohamed Lahouaiej Bouhlel et "les réseaux terroristes", notamment Daesh, "pour l'instant ne sont pas établis par l'enquête", a indiqué ce lundi matin 18 juillet le ministre de l'Intérieur Bernard Cazeneuve. Pourtant, samedi, deux jours après le drame, Daesh a revendiqué le massacre de Nice et présenté son auteur comme "un soldat de l'État islamique". Par ailleurs, selon les spécialistes, notamment le criminologue Alain Bauer interrogé vendredi par Le Figaro, "Daesh ne s'approprie pas un acte dont il n'est pas stricto sensu à l'origine".

... MAIS UN "INTÉRÊT CERTAIN" POUR LA "MOUVANCE ISLAMISTE RADICALE"

"Si aucun élément de l'enquête ne démontre à ce stade l'allégeance de Mohamed Lahouaiej Bouhlel à l'organisation terroriste" État islamique, "ni des liens avec des individus se réclamant de cette organisation, l'exploitation de son ordinateur (...) illustre un intérêt certain et à ce stade récent envers la mouvance jihadiste radicale", a déclaré lundi le procureur de Paris, François Molins, en évoquant notamment l'analyse de son ordinateur.



Le procureur a expliqué devant la presse qu'entre le 1er et le 13 juillet, veille de l'attentat, le tueur avait fait des "recherches quasi quotidiennes de sourates du Coran", mais aussi des recherches sur les fusillades d'Orlando et de Dallas, ainsi que sur l'attaque de Magnanville (Yvelines). Les enquêteurs ont également trouvé dans son ordinateur des "photos en lien avec l'islam radical, en particulier des combattants arborant le drapeau du groupe terroriste Daesh" mais aussi "des couvertures du journal Charlie Hebdo, des photos de Ben Laden" et du chef jihadiste algérien Mokhtar Belmokhtar. M. Molins a aussi expliqué que, "depuis huit jours, il s'était laissé pousser la barbe, expliquant que la signification était religieuse. Il ne comprenait pas pourquoi Daesh (le groupe jihadiste qui a revendiqué l'attentat, ndlr) ne pouvait pas prétendre à un territoire".

UN ATTENTAT PRÉMÉDITÉ

Il a souligné que la "radicalisation" pouvait "intervenir d'autant plus rapidement quand elle s'adresse à des personnalités perturbées, ou à des individus fascinés par l'ultraviolence". Par ailleurs, les investigations montrent, selon lui, que l'attentat du 14 juillet était "prémédité". Les investigations ont notamment montré que le tueur avait effectué des "repérages" sur la Promenade des Anglais et qu'il avait pris contact avec la société de location du camion dès le 4 juillet, a-t-il précisé. Le tueur s'est aussi pris en photo à quatre reprises le 14 juillet sur ou aux abords de la Promenade des Anglais.

Il avait auparavant fait des recherches internet concernant des vidéos d'accidents de voitures avec les mots-clés "horribles accidents mortels" ou "terribles accidents mortels", ou encore "vidéos choc, âmes sensibles s'abstenir". "L'ensemble de ces éléments conduit à analyser les faits comme un attentat pensé et préparé, au moins dans les jours précédant le passage à l'acte", selon M. Molins.


DES COMPLICES ?

L'enquête explore aussi la piste de possibles complicités. Six personnes sont encore en garde à vue, dont trois ont été transférées dans les locaux de la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) près de Paris. Parmi eux se trouve le destinataire d'un SMS envoyé par le tueur quelques minutes avant son passage à l'acte. Dans ce texto, envoyé le 14 juillet à 22h27, Mohamed Lahouij Bouhlel mentionne notamment l'acquisition d'un pistolet qui pourrait celui qui lui a servi à tirer sur les forces de l'ordre avant d'être abattu. Puis il ajoute "alors on ramène cinq de chez ton copain", avant d'indiquer que c'est pour une autre personne "et ses amis".

Depuis son camion, qu'il avait loué quatre jours avant la tuerie, Mohamed Lahouaiej Bouhlel a bien tiré avec un pistolet automatique calibre 7.65 sur les policiers qui l'ont tué. À qui auraient pu être destinées d'autres armes?
 
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