Assistants parlementaires : le FN a-t-il organisé un système pour rémunérer ses membres ?

Assistants parlementaires : le FN a-t-il organisé un système pour rémunérer ses membres ?

Marine Le Pen et Florian Philippot dans l'enceinte du Parlement européen à Strasbourg, le 17 janvier 2016 (archives)

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Orange avec AFP, publié le vendredi 14 avril 2017 à 18h16

Le Front national et sa présidente ont-ils profité de l'argent de l'Europe pour rémunérer des permanents du parti ? Des éléments réunis par les enquêteurs semblent accréditer ces soupçons, démentis par les interessés. Décryptage.

Rappel de faits : en janvier 2014, le gendarme antifraude de l'Union européenne, l'Olaf, a ouvert une procédure sur des soupçons d'emploi fictif au sein du Parlement européen. L'organisme soupçonne des personnes salariées en tant qu'assistants parlementaires de Marine Le Pen de ne pas travailler réellement au sein de l'institution européenne. Les soupçons ont été soulevés par une lettre anonyme. 

En mars 2015, l'affaire prend une autre tournure et gagne en ampleur lorsque Martin Schulz en personne, le président du Parlement européen de l'époque, saisit l'Olaf et la justice française. Une vingtaine de personnes sont dans le viseur. Alors qu'elles sont censées être payées par l'argent public pour aider Marine Le Pen dans ses fonctions d'eurodéputée, leurs noms figurent sur l'organigramme du FN. L'une de ces personnes n'a, par exemple, pu justifier de plusieurs mois de travail à Strasbourg et à Bruxelles que par un seul et unique SMS.

- Avant 2014, les "vases communicants"? -

Les enquêteurs ont mis la main sur un mail de septembre 2012 adressé au trésorier du parti, Wallerand de Saint Just, et rédigé par Charles Van Houtte, personnage central dans l'organisation du FN à Bruxelles. L'expéditeur y laisse entendre qu'un système de "vases communicants" a été instauré afin de "ne pas dépasser le budget de 21.209 euros" confié à chaque eurodéputé tous les mois. Ce mail décrit une sorte de jeu des chaises musicales pour allouer des postes d'assistants parlementaires à des membres du FN. Sont notamment évoqués les contrats de Yann Maréchal Le Pen, chargée des grands événements au FN, et de Bruno Gollnisch.

"Il est normal que les budgets alloués aux parlementaires soient utilisés", s'est défendu Wallerand de Saint Just, interrogé par l'AFP. "Tout ça n'apporte en aucun cas la moindre preuve que ces gens n'ont pas travaillé comme assistants parlementaires." Pour lui, ce courriel recense des préconisations, pas forcément suivies de modifications contractuelles.

- Après 2014, un nouveau tableau? -

En mai 2014, grâce aux élections européennes, le FN remporte un nombre considérable de sièges au sein de l'hémicycle de Strasbourg. Le parti frontiste passe de trois à 24 eurodéputés. La date marque un tournant. Cette fois, c'est une lettre de Wallerand de Saint Just, adressée à Marine Le Pen le 16 juin 2014, qui intéresse les enquêteurs. Le trésorier du parti y écrit : "Dans les années à venir et dans tous les cas de figure, nous ne nous en sortirons que si nous faisons des économies importantes grâce au Parlement européen et si nous obtenons des reversements supplémentaires." Plusieurs autres documents saisis par la justice font état d'économies "dues aux députés européens".

Aymeric Chauprade, élu en 2014 mais qui a depuis rompu avec le FN, affirme que Marine Le Pen a demandé aux eurodéputés qu'ils embauchent chacun au moins un membre du parti en tant qu'assistant parlementaire, pour éviter que le FN n'ait à les prendre à charge. "Un affabulateur", a répondu la candidate à la présidentielle. Quatre sources en rupture avec le FN ont pourtant affirmé à l'AFP que Marine Le Pen avait un rôle de décideur en matière d'emploi d'assistants parlementaires européens.

Face aux juges d'instruction, le FN a choisi la stratégie du silence. Deux assistants parlementaires ont été mis en examen et deux eurodéputées, Marie-Christine Boutonnet mais surtout Marine Le Pen, ont refusé de répondre à leur convocation avant la présidentielle. Décidée à les entendre, la justice française a demandé au Parlement européen la levée de leur immunité.

 
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