Alstom : l'exécutif met la pression pour sauver le site de Belfort

Alstom : l'exécutif met la pression pour sauver le site de Belfort

François Hollande et Manuel Valls, le 11 août 2016 à l'Élysée.

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Orange avec AFP, publié le dimanche 11 septembre 2016 à 17h49

Une réunion interministérielle autour de François Hollande et de Manuel Valls va se tenir ce lundi matin à l'Élysée sur la situation du groupe Alstom. L'entreprise de matériel ferroviaire, confrontée à une pénurie de commandes, prévoit de transférer sa production de locomotives de Belfort à Reichshoffen (Bas-Rhin) d'ici 2018.

Le tout, promet sa direction, sans plan social.

"La méthode employée par Alstom est inacceptable" a jugé Manuel Valls dimanche lors du "Grand rendez-vous" sur Europe 1, iTÉLÉ et Les Échos. "Nous l'avons dit cette semaine aux dirigeants d'Alstom" mais "nous avons déjà sauvé Alstom et nous pouvons encore sauver Alstom, à condition que les dirigeants jouent pleinement leur rôle". "Tous les jours, nous nous battons pour qu'Alstom gagne des marchés, notamment au plan international et européen", a poursuivi le Premier ministre. "Nous savions les faiblesses qui pouvaient exister sur le site de Belfort".

LE GOUVERNEMENT IMPOSE UNE NÉGOCIATION

Alstom s'est cependant engagé à soumettre aux 400 salariés concernés "une proposition de transfert, s'ils le souhaitent" vers ses autres usines dans l'Hexagone. Le PDG d'Alstom, Henri Poupart-Lafarge, a été convoqué au ministère de l'Économie jeudi pour se voir imposer "une phase de négociation". Il y avait été sermonné par le ministre de l'Économie, Michel Sapin, et son nouveau secrétaire d'État à l'Industrie, Christophe Sirugue, qui "lui ont fait part de leur incompréhension du caractère soudain et non concerté de cette annonce".

Hors de question pour l'exécutif d'entériner ce scénario à quelques mois de la présidentielle de mai 2017. D'autant plus que l'État siège depuis février au conseil d'administration d'Alstom et qu'il possède 20% des droits de vote. La fermeture des hauts fourneaux d'ArcelorMittal à Florange (Moselle) en 2013, vécue par les salariés comme une "trahison" de François Hollande, a marqué les esprits. Manuel Valls connaît par ailleurs les dégâts que peut faire ce genre d'annonces en pleine campagne. Il était chargé de la communication au cabinet de Lionel Jospin, Premier ministre de 1997 à 2002, lorsque ce dernier avait déclaré qu'il ne fallait "pas attendre tout de l'État ou du gouvernement", à propos de milliers de suppressions d'emplois chez Michelin.

Le maire Les Républicains (LR) de Belfort, Damien Meslot, a demandé vendredi dans une lettre ouverte au président François Hollande d'intervenir auprès d'Alstom Transport pour "amener ses dirigeants à revenir sur leur décision". "L'État est actionnaire à hauteur de 20% du capital d'Alstom. Vous avez le pouvoir d'intervenir et de sauver un bastion industriel français, symbole de notre savoir-faire et de notre renommée internationale", a estimé l'élu.

Damien Meslot a également rappelé que le gouvernement s'était "engagé à maintenir le site de Belfort", lors de la visite de l'ancien ministre de l'Economie Emmanuel Macron sur le site belfortain, en mai 2015. "Je vous demande, au nom de tous les Belfortains mais aussi des salariés d'Alstom Belfort, de faire respecter la parole donnée par votre gouvernement", écrit Damien Meslot.

UNE DÉCISION "BRUTALE, INATTENDUE ET INACCEPTABLE" POUR MACRON

De son côté, Emmanuel Macron a estimé que l'État ne peut "empêcher" la fermeture du site de Belfort. "L'État a des droits de vote au capital, est présent dans la gouvernance (...) mais quelque actionnaire que ce soit, à hauteur de 20%, ne peut pas intervenir dans une décision de gestion", a-t-il déclaré. "C'est à mes successeurs de s'exprimer sur ce point, mais ce n'est pas parce qu'ils ont 20% des droits de vote qu'ils peuvent empêcher (cette fermeture), sinon c'est de la gestion de fait".

"Je me suis rendu en mai 2015 sur le site de Belfort pour finaliser les engagements sur la partie énergie", a rappelé l'ancien ministre. "A aucun moment, il n'a été envisagé, discuté une fermeture du site, ça n'était pas du tout le débat". "La décision d'Alstom est une décision brutale, inattendue" et "inacceptable", a-t-il estimé. "Je partage l'émotion des élus sur place (...) et des salariés et organisations syndicales", a-t-il réagi. "Alstom a pris une décision extrêmement brutale qui ne correspond pas au dialogue de confiance qu'elle a eu avec les élus locaux".

"L'appareil de production est surcalibré, la solution c'est d'innover, c'est d'accéder à de nouveaux marchés", a préconisé Emmanuel Macron. "Notre action a toujours été de gérer dans le temps cette surcapacité, mais à aucun moment n'a été envisagée la fermeture d'un site et à chaque instant nous avons évité les licenciements secs". La ministre de l'Environnement et de l'Energie, Ségolène Royal, a pour sa part estimé dans la soirée que puisque le groupe devait "monter en puissance sur toutes les technologies du renouvelable", il pourrait "développer" sa filière énergie renouvelable à Belfort.

LA STRATÉGIE DE MACRON CRITIQUÉE PAR LA DROITE

La députée LR et candidate à la primaire de la droite, Nathalie Kosciusko-Morizet, a expliqué dimanche qu'il était "impossible de laisser faire ça". "Je trouve ça dramatique et très triste comme perspective parce que le site de Belfort, c'est toute une histoire. Je voudrais dire que l'État se réveille bien tardivement parce qu'en fait, cela fait des années que ça dérive. (...) Il y a eu une opération de sauvetage réussie grâce à Nicolas Sarkozy en 2004 sur Alstom. Et depuis, il y a eu un enchaînement de difficultés" avec "des errements de l'État" et "du management" (...).

"Et il faudra qu'on m'explique ce qu'est la politique de Macron vis-à-vis d'Alstom (...) parce qu'on nous a expliqué que c'était formidable de remplacer les trains par des cars, et maintenant on s'étonne qu'on ne fabrique plus de trains en France!" L'ancien président de la République Nicolas Sarkozy a taclé jeudi l'ancien ministre Emmanuel Macron, l'accusant de n'avoir "rien fait" pour sauver l'usine Alstom à Belfort.
 
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