Aéroport de Notre-Dame-des-Landes : le oui l'emporte à 55,17%

Aéroport de Notre-Dame-des-Landes : le oui l'emporte à 55,17%

Dépouillement de la consultation locale sur l'aéroport de Notre-Dame-des-Landes, ce dimanche 26 juin à Saint-Herblain.

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Orange avec AFP, publié le dimanche 26 juin 2016 à 23h28

- Les habitants de Loire-Atlantique étaient appelés aux urnes ce dimanche 26 juin pour trancher sur l'avenir de l'aéroport de Notre-Dame-des-Landes. Selon les résultats définitifs, le "oui" au projet l'a emporté à 55,17% des suffrages exprimés.

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Première du genre en France, cette consultation locale avait été annoncée le 11 février par François Hollande dans l'optique de trancher sur ce dossier vieux de 50 ans. Le projet controversé empoisonne depuis le début de son quinquennat les relations entre socialistes et écologistes. 

Les 1.051 bureaux de vote de Loire-Atlantique ont fermé à 18h pour la plupart, à 19h à Rezé et Saint-Herblain et à 20h à Nantes. Les résultats définitifs rendus à 23h donne le "oui" gagnant à 55,17%. La participation a atteint 51,08%. Les 967.500 électeurs du département étaient invités à répondre par "oui" ou par "non" à la question : "Êtes-vous favorable au projet de transfert de l'aéroport de Nantes-Atlantique sur la commune de Notre-Dame-des-Landes?".

"CE VOTE DOIT ÊTRE RESPECTÉ"

Pour organiser ce scrutin un peu "particulier", qui ne nécessite pas un seuil minimum de 50% de participation pour être validé, l'exécutif a dû prendre une ordonnance modifiant le Code de l'environnement. Taillée sur mesure pour Notre-Dame-des-Landes, elle donne aussi la capacité au gouvernement de lancer, sur d'autres projets, des scrutins similaires, et convoquer les électeurs par décret. 

Le camp du "oui", collectivités locales en tête, a appelé le gouvernement a "évacuer la Zad" et à engager les travaux de la future infrastructure, destinée à remplacer l'aéroport de Nantes-Atlantique. "C'est un résultat sans aucune ambiguïté (...) qui oblige le gouvernement à engager les travaux" de construction de l'aéroport, a déclaré Philippe Grosvalet, président PS du conseil départemental de Loire-Atlantique. "Le peuple a tranché. (...) Ce résultat doit mettre un terme à l'opposition (à ce projet)", a-t-il déclaré avant même l'annonce des résultats complets.

Pour le sénateur et président Les Républicains du conseil régional des Pays de la Loire, Bruno Retailleau, ce résultat marque "la victoire du développement, de l'emploi et la défaite des zadistes". "Désormais, il faut que le gouvernement tranche, rien ne serait pire que si rien ne se passe". "Il faut désormais agir vite. Il faut d'abord évacuer la Zad, qui est une zone de non droit, et ensuite il faut commencer les travaux", a réclamé devant la presse M. Retailleau, qui doit être reçu lundi par le Premier ministre Manuel Valls.

"Ce vote doit être respecté, par les opposants comme par le gouvernement", a lui estimé le président du groupe socialiste, écologiste, radical et républicain à la région, Christophe Clergeau. "C'est une question évidente de démocratie. Les citoyens de Loire-Atlantique ont voulu choisir leur avenir, ils l'ont fait dans la clarté, ils n'accepteraient pas que leur vote soit ignoré par des opposants qui n'acceptent que l'avis de ceux qui leur donnent raison".

PLUS ON EST LOIN, PLUS ON EST POUR

Sans surprise, ce sont les communes les plus proches de Notre-Dames-des-Landes qui se sont majoritairement opposées au projet. A Bouguenais, où est situé l'actuel aéroport nantais, le "oui" devançait d'une courte tête le "non", avec 50,65% des voix contre 49,35%. A Saint-Aignan-Grandlieu, commune survolée par les avions de l'aéroport Nantes-Atlantiques, le "oui" était plus massif, avec 71,70% des voix.

Dans la petite commune de Notre-Dame-des-Landes, où le taux de participation a atteint 75,04%, les électeurs ont massivement voté pour le "non", avec 73,57%, contre 26,43% pour le oui. L'annonce du résultat par le maire sans étiquette de la commune, Jean-Paul Naud, dans le bureau de vote attenant à la mairie plein à craquer, a été accueilli par des cris de joie et des applaudissements.

A la "Vache rit", une grange devenue le QG de tous les opposants à l'aéroport sur la "Zad", la zone d'aménagement différé rebaptisée "Zone à défendre" par ces derniers, plus d'une centaine d'opposants ont convergé à partir de 20h, en grande majorité en provenance de la commune de Notre-Dame-des-Landes, mais aussi des sites d'occupation anticapitalistes de la Zad.

"Comme l'avaient démontré les différentes composantes du mouvement, le cadre, le processus et le contenu de cette consultation étaient fondamentalement biaisés. Celle-ci était basée sur une série de mensonges d'État et radicalement inéquitable. Il ne s'agissait pour nous que d'une étape dans la longue lutte pour un avenir sans aéroport à Notre-Dame-des-Landes. Cette lutte se poursuit dès ce soir", ont-ils déclaré. Ils ont été interrompus par la foule emplissant la grange de la "Vache Rit", lieu de réunion de l'opposition au projet depuis une dizaine d'années, aux cris répétés de: "On a gagné! On a gagné! on a gagné!".

"Les attaques du gouvernement et des pro-aéroport vont se renforcer. De notre côté, nous n'allons pas cesser pour autant d'habiter, cultiver et protéger ce bocage", ont poursuivi les opposants. "Nous appelons tous les soutiens et comités partout en France et au-delà à se mobiliser et à redoubler de vigilance dans les semaines et mois à venir".

Du côté d'EELV, Sophie Bringuy, coprésidente du groupe écologiste au Conseil régional, a mis le gouvernement en garde contre la tentation de passer en force: "Dans le climat actuel, appeler et procéder à l'évacuation violente de la Zad, après une consultation illégitime, serait irresponsable", a-t-elle estimé dans un communiqué.

Seule voix discordante dans le camp des opposants au projet, le MoDem de Loire-Atlantique a appelé "l'ensemble des démocrates et des républicains à reconnaître dans cette consultation la volonté de la majorité", souhaitant que "les travaux commencent dans le calme".

LES TRAVAUX DEVRAIENT DÉBUTER À L'AUTOMNE

Dénonçant une consultation "biaisée" et "illégitime", notamment en raison de son périmètre réduit à la seule Loire-Atlantique, réputée plus favorable au "oui", des associations et des particuliers ont tenté de faire annuler le scrutin par le Conseil d'État. Mais ce dernier l'a déclaré conforme, lors de deux décisions, lundi et mercredi. 

Manuel Valls l'avait affirmé à deux reprises la semaine dernière à l'Assemblée : en cas de victoire du "non", le projet sera "abandonné", en cas de victoire du "oui", les travaux débuteront "dès l'automne prochain". Son prédécesseur à Matignon, Jean-Marc Ayrault, l'un des plus fervents défenseurs de ce transfert, a - comme des centaines de milliers d'électeurs du département - pris part au vote. Le ministre des Affaires étrangères s'est "félicité de cette consultation, décidée par le président de la République". "Je constate que, malgré les critiques, la meilleure réponse, c'est la participation. (...) Lorsqu'on demande l'avis des citoyens, ils le donnent", a-t-il déclaré après avoir glissé son bulletin dans l'urne, dans une école du centre de Nantes. 

Le projet de transférer l'actuel aéroport de Nantes-Atlantique, au sud de la ville, vers le site de Notre-Dame des Landes, à 20 km au nord, est soutenu par les milieux économiques et les collectivités locales, mais se heurte depuis de nombreuses années à une farouche résistance sur le terrain, et devant les tribunaux. "L'aéroport du Grand Ouest", dont la concession a été attribuée en décembre 2010 au groupe de BTP Vinci pour une durée de 55 ans, devait initialement accueillir ses premiers avions en 2017. Les travaux n'ont jamais démarré.  
 
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