A son procès, Béatrice Huret assume avoir aidé Mokhtar à passer en Angleterre

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Beatrice Huret appelle calls Mokhtar, un migrant iranien qu'elle a aidé, en arrivant au tribunal de Boulogne-sur-Mer le 27 juin 2017

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© AFP, PHILIPPE HUGUEN
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AFP, publié le mardi 27 juin 2017 à 13h32

"Si c'était à refaire, pour Mokhtar, je le referais": Béatrice Huret, ex-sympathisante FN, a assumé devant le tribunal correctionnel de Boulogne-sur-Mer, mardi, avoir aidé cet Iranien à passer en Angleterre par amour, en dépit des risques d'une traversée sur un frêle esquif.

A 44 ans, cette ancienne formatrice pour adultes, désormais à Pôle emploi, est poursuivie pour "aide à l'entrée, à la circulation ou au séjour irréguliers d'un étranger en France en bande organisée" et "mise en danger de la vie d'autrui", encourant une peine de dix ans de prison, tout comme trois autres prévenus.

"Je ne pensais pas que c'était répréhensible à ce point-là", a assuré Béatrice Huret à la barre, ensemble sombre et talons hauts.

Veuve depuis 2010 d'un mari policier, Béatrice Huret voit sa vie basculer début 2015 lorsqu'elle prend en stop un jeune Soudanais pour l'accompagner à la "Jungle". Elle décide alors de s'y rendre régulièrement comme bénévole. La voilà bouleversée par la manifestation d'un groupe d'Iraniens qui s'étaient cousu la bouche pour protester contre le démantèlement d'une partie du camp...Elle ressent "un coup de foudre" pour l'un d'eux, Mokhtar, leur porte-parole, alors âgé de 35 ans, converti au christianisme.

Après avoir perdu sa trace, elle "se porte volontaire" pour l'accueillir à son domicile avec un autre Iranien, à la demande de Laurent C., bien introduit dans le milieu de la "Jungle", également prévenu, a expliqué Mme Huret.

Les deux Iraniens "sont restés un mois à la maison, je travaillais à Dunkerque. Ils restaient chez ma mère et je rentrais le soir", a-t-elle raconté. Peu de jours après l'arrivée de Mokhtar se noue "une histoire amoureuse".

Pour faire passer en Angleterre Mokhtar, qui désire coûte que coûte s'y installer, vient l'idée d'utiliser une embarcation, ce qui n'était guère fréquent. "C'est la famille de Mokhtar qui a envoyé l'argent d'Iran pour acheter le bateau", environ 1.000 euros, a dit Mme Huret.

La traversée s'effectuera le 11 juin 2016 dans des conditions difficiles, le petit bateau de plaisance, acheté 1.000 euros, manquant de chavirer. Les trois hommes seront sauvés par les garde-côtes britanniques.

- Contradictions -

 Mokhtar mais il y a deux autres personnes...", questionne le président du tribunal Maurice Marlier. "Ils voulaient partir à trois. C'était un bateau six places, si j'étais un passeur, j'aurais pu en mettre six", rétorque Mme Huret, qui dit n'avoir jamais été guidée par l'esprit de lucre.

Mais "est-ce que vous avez tenté de les dissuader ?", appuie le juge. "J'ai essayé de les dissuader plus d'une fois. Cette aide était un moindre mal pour eux. Ils seraient passés par des passeurs professionnels", argumente-t-elle. "S'ils sont encore vivants, c'est un miracle", reconnaît-elle, émue.

A l'aise dans cette première partie de l'audience, Mme Huret s'est raidie pour expliquer un autre volet du dossier, quand elle a dû dire pourquoi elle avait laissé deux migrants à Zoteux (Pas-de-Calais), à deux km d'un parking où stationnaient des poids lourds.

"Ca se passait mal pour eux dans la Jungle, ils s'étaient fait dépouiller", bredouille-t-elle. Plus tard, Laurent C., dira avoir retrouvé "dans un état lamentable" ces deux migrants, assoiffés.

"Vous n'avez pas agi que par amour dans ce dossier!", tonne ainsi la procureur Camille Gourlin. "On a l'impression que vous voulez vous inscrire dans cette activité de manière durable. Les retirer de la Jungle oui, mais ça ne vous oblige pas à les mettre là", note la procureure, pointant des "contradictions".

Avant le début du procès, Mme Huret avait dit être toujours en couple avec Mokhtar, qui a obtenu le statut de réfugié et qu'elle va voir régulièrement dans les environs de Sheffield.

 
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