avis d'expert

Tariq Ramadan

(professeur d'études islamiques contemporaines à l'université d'Oxford)

"Je comprends la polémique pour trois raisons. La première concerne la nature même de la question posée. On est en train de définir l'identité avec l'impression qu'on veut unir mais en fait on veut distinguer. Et il y a des gens qui seront 'in' et d'autres qui seront 'out'. La nature de la question est problématique car réductrice. La deuxième chose qui est sujet à caution, c'est le moment où cette question est posée, à savoir avant des élections. C'est l'instrumentalisation d'une question qui est trop sérieuse pour en faire un argument de campagne. C'est la manifestation d'une très mauvaise évaluation de ce qui est en train de se passer en France. Et on déplace le débat pour des questions électoralistes. Le troisième point, ce sont les réactions de gauche et de droite qui montrent bien qu'on est en train de diviser plutôt qu'unir. On produit l'exact opposé de ce que l'on dit vouloir faire en posant la question de l'identité nationale. Il est évident que tout débat sur cette question aura pour conséquence de viser les communautés considérées comme "non-intégrées", c'est-à-dire, dans les représentations actuelles, majoritairement les musulmans. Que cela vienne du ministre de l'Immigration met en évidence, en arrière-plan, une question de sécurité nationale par rapport à l'immigration. Eric Besson pose la question comme pour justifier un repli identitaire. Mais il faut se poser les vraies questions. Il n'y a pas de survie à long terme de l'économie française sans la nécessité d'avoir des gens qui viennent de l'extérieur pour faire le travail. C'est une question sociale et économique, pas du tout culturelle. Quant aux prochaines régionales, là on parle de ce débat, mais avant même l'élection présidentielle, la stratégie de l'actuel président de la République a été de normaliser certaines des thèses posées par le Front National. Le débat sur l'identité nationale est une façon policée de poser en termes culturels, une question que posait le FN en termes politiques et économiques. C'est l'aboutissement d'un processus que l'on connaît, qui est la force de Nicolas Sarkozy de savoir récupérer tout ce qui se trouve sur les platebandes du parti d'extrême-droite. Le pire danger qui guette la France, mais aussi de nombreux pays européens, c'est la normalisation des discours des partis d'extrême droite avec de nouveaux habits terminologiques. Il n'y a pas eu de vrai débat critique sur la question de l'identité nationale. Le débat est le produit d'un petit "ghetto" mediatico-intellectuel autour des "salons parisiens"."

Que pensez-vous de la polémique sur le débat sur l'identité nationale ? participer au débat
Dominique Paillé (porte-parole de l'UMP)

© Reuters

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Vos réactions

ben oui 500 E de salaire en tant que salarié des assoc c'est plus que maigres mais les asso sont tellement habituées à avoir de l main d'oeuvre...
par martina sur "celestemma"