avis d'expert

Maryse Tripier

(professeur de sociologie à l'Université Paris-Diderot et membre de l'unité de recherche "Migrations et société" (UMRIS))

"Il y a d'importants et anciens débats dans les sciences sociales sur la notion d'identité. C'est à la fois un mot que tout le monde emploie mais également un concept extrêmement difficile à définir et à utiliser. La notion d'identité ne rend pas compte de la réalité car il y a de nombreux mouvements d'identification et des sentiments d'appartenances multiples. Le terme "identité" a tendance à figer de manière intemporelle, à définir arbitrairement quelque chose qui est en constante évolution. Dire de quelqu'un ou d'un groupe voila son identité est toujours sujet à caution. Les identifications sont dynamiques que ce soit au niveau individuel ou au niveau collectif. De plus, il est assez ennuyeux d'accoler les termes "identité" et "nationale" car s'il existe une histoire nationale, d'ailleurs en constante réévaluation, – un droit, un territoire, un patrimoine – ces réalités ne résument pas l'identité. Justement ce qui est gênant dans ce débat, c'est qu'on a très souvent réduit l'identité nationale à l'héritage et à l'histoire. De coup, cela exclut forcément celui qui n'en est pas. Mais ce qui me dérange le plus, c'est d'abord qu'il n'a pas été mené avec l'apport des scientifiques mais a été organisé par un ministère dont l'intitulé est quand même extrêmement inédit. Accoler les mots "immigration" et "identité nationale" ne pouvait que faire dériver ce débat. Celui-ci part du principe que l'immigration pose un problème à l'identité nationale. Le "problème" de l'immigration est d'être toujours posé comme un problème et de ne pas l'avoir imaginé autrement. On a fait rentrer dans la tête des gens que l'immigration a priori posait problème et ne pouvait pas être vue d'un point de vue positif, comme dans d'autres pays. Cette stratégie du bouc-émissaire a une incidence considérable. C'est une idée qu'il aurait fallu "combattre" et que l'on a au contraire laissé se développer. On ne peut pas comprendre la montée du FN autrement. Il est probable que le FN reprenne des voix aux élections régionales, car finalement c'est à lui que ce débat profite. Par contre, il est intéressant de s'interroger sur la situation de la France, à l'heure de la mondialisation, de l'Europe, sur ses atouts et ses faiblesses démographiques, culturelles, éducatives... Cette question méritait d'être soulevée mais pas sous le concept d'identité qui est un mécanisme d'inclusion-exclusion. On n'était pas non plus obligé d'initier ce débat par un gouvernement et surtout par le ministre en charge d'une politique d'immigration sécuritaire et restrictive. Dans ces conditions là, cela allait forcément se développer sous la forme de "immigration" égal problème. Il y a sûrement eu un petit calcul électoral mais ce n'est pas l'essentiel. Ce débat entérine la continuation d'une vision du monde dans laquelle l'autre, l'étranger est considéré comme un adversaire ou comme un bouc-émissaire. On est dans cette optique frileuse mais aussi dangereuse, où l'on crée des ennemis de l'intérieur, des frontières que l'on renforce, au lieu de créer des passerelles." *Auteur du livre Sociologie de l'immigration avec Andrea Rea, éditions La découverte, 2008.

Que pensez-vous de la polémique sur le débat sur l'identité nationale ? participer au débat
Tariq Ramadan (professeur d'études islamiques contemporaines à l'université d'Oxford)

© Reuters

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Vos réactions

ben oui 500 E de salaire en tant que salarié des assoc c'est plus que maigres mais les asso sont tellement habituées à avoir de l main d'oeuvre...
par martina sur "celestemma"