
"Comment comprendre un débat sur l'identité nationale proposé par le ministère de l'Immigration ? Ce n'est pas comme ça que l'on peut aborder de manière sereine le débat, surtout en période électorale. Quand on parle d'identité nationale, il faudrait normalement s'interroger sur ce qui fait un collectif. L'utilité d'un tel débat est de ressouder les gens. Or, aujourd'hui, l'immigration est davantage présentée comme un sujet de division. La politique actuelle sur l'immigration vise à montrer du doigt l'étranger. On est dans une politique de rejet, de fermeture des frontières. Résultat, on creuse cette idée de l'étranger, fauteur de troubles et on cherche à faire avancer le débat de la haine de l'autre. Lancé par Eric Besson, le débat allait forcément glisser sur le terrain de l'immigration. S'il avait été présenté par le président lui-même, en dehors de cette question de l'immigration, on ne serait alors plus dans le même contexte. Il faut s'interroger sur la définition même de cette notion d'identité nationale. Selon moi, cela signifie appartenir à un collectif dans un territoire et dans l'histoire. Qui sont ces individus qui composent la nation aujourd'hui ? Qu'ont-ils essayé de construire ensemble ? Quelles sont les contenus de valeurs que l'on veut associer aux trois termes de la devise 'Liberté, Egalité, Fraternité' ? Il aurait fallu commencer le débat par là . Nous verrons fin février quelle synthèse sera tirée de ce débat mais pour l'heure on s'exprime sur la forme, et non sur le fond. Cette question de l'identité nationale méritait effectivement d'être soulevée. Mais là , le débat est biaisé, asservis à d'autres objectifs. C'est une occasion manquée, car les concepteurs n'ont pas totalement mesuré les conséquences, ou était-ce un choix à dessein en vue des prochaines élections ? Peut-être, mais à force d'agiter les mêmes épouvantails, les électeurs ne seront pas dupes. A ce stade, je pense qu'il faudrait arrêter le débat. Pour le Grenelle de l'environnement, on avait pris le soin de réfléchir à une méthode, de travailler dans la durée, de réunir tout le monde autour d'une même table... Il faudrait faire la même chose pour ce débat sur l'identité nationale, en écartant la question de l'immigration et en faisant attention au contexte. Qu'on le veuille ou non, ce débat est un peu un travail de refondation de la devise républicaine qui est le résumé de ce pourquoi les gens se sont battus pour sauver la France. C'est la question du "vivre ensemble" qui est posée à travers cette devise."