avis d'expert

Benoit Hamon

(porte-parole du PS)

"L'identité de la France est une affaire sérieuse qui ne se construit pas au gré des fantasmes et des opinions politiques. Et on ne peut pas décréter une urgence à quelques mois d'une élection, ni définir l'identité nationale en négatif par rapport à l'immigration. Une multitude de républicains ont eu le sentiment qu'il y avait là une instrumentalisation d'un débat avec le risque qu'il oppose les Français les uns aux autres en période de crise. Mais je suis heureux de voir que la gauche a répondu d'une seule voix contre les dérives de cette instrumentalisation. Et que des personnalités comme Alain Juppé, Jean-Pierre Raffarin, François Baroin et d'autres aient déclaré que c'était un débat inutile et malvenu. La dérive autour de la question de la religion musulmane était prévisible et même souhaitée par le président et le ministre de l'Immigration et de l'Identité nationale. Nicolas Sarkozy, parce que les résultats ne sont pas au rendez-vous, a besoin pour limiter la casse d'agréger le vote Front national au vote UMP. Le problème c'est que le débat a davantage réveillé le vote FN qu'il n'a consolidé le vote UMP. C'est ce qui explique que le président de la République, dans ses voeux à la Nation le 31 décembre au soir, ait donné l'impression de vouloir clore ce débat car l'objectif n'était pas atteint. Je ne sais pas si le débat aura un impact sur les régionales, mais je sais que c'est pour des motifs purement électoraux que ce débat a été conçu et pour des raisons purement électorales qu'il est en train d'être clos. Le fait qu'Eric Besson dise qu'il va se poursuivre courant 2010 est de l'habillage. Il s'entête car il est avant tout dans un règlement de comptes qu'il ne parviendra jamais à régler avec la gauche, qui l'oblige à brûler tout ce qui le rattache à nous et à multiplier les provocations pour faire plaisir à son nouveau maître. On sort là de la politique. Cette question de l'identité de la France est une question importante. Elle se façonne, se construit, se modèle tous les jours par les apports extérieurs, par la création intérieure, par la façon dont le pays évolue... On ne fait pas comme ça trois mois de débat sur l'identité nationale pour dire qu'il faut qu'on chante la Marseillaise à tous les débuts de matchs de foot. C'est ridicule. Et dans l'intervalle, il aura fallu entendre, voir, lire une multitude de dires qui auront stigmatisé des millions de nos compatriotes. Honnêtement, je suis navré et consterné par l'approche de ce sujet par Nicolas Sarkozy et Eric Besson. Ce débat sur l'identité nationale est la tâche des géographes, des universitaires, des historiens, des démographes qui examinent les évolutions en profondeur de la société française. Il faut surtout soustraire ce débat à l'instrumentalisation politique et électorale parce qu'on s'expose à tous les dérapages. Il faut retenir la principale leçon de tout ça : avec l'identité nationale, on est dans le temps long, et pas dans la communication politique."

Que pensez-vous de la polémique sur le débat sur l'identité nationale ? participer au débat
Jean Rousseau (président d'Emmaüs International)

© Reuters

réagissez

Suivant Précédent

toutes les news

Vos réactions

ben oui 500 E de salaire en tant que salarié des assoc c'est plus que maigres mais les asso sont tellement habituées à avoir de l main d'oeuvre...
par martina sur "celestemma"