avis d'expert

Paul Lefèvre

(Journaliste et chroniqueur judiciaire)

"Il y a plusieurs paramètres de la vie humaine qui peuvent expliquer qu'on ne parvienne pas à résoudre une affaire. D'abord, les enquêteurs peuvent ne pas avoir bien relevé les indices sur la scène de crime. Ils peuvent aussi être pressés par d'autres affaires et ne mettent pas le paquet. Ensuite, il y a une question de chance, le fait de tomber sur le bon indice ou de passer à côté. Il faut savoir agripper la chance, cela se résume parfois à ça. L'ADN est un élément très important. Il y a 20 ans, il n'existait pas. Dans l'affaire Villemin par exemple, si le juge Lambert avait eu les connaissances actuelles, il aurait liquidé l'enquête en huit jours. La police scientifique ne cesse de s'enrichir, il faut prendre cela en perspective. Mais aujourd'hui encore il ne faut jamais avoir de certitude. L'ADN n'est qu'un élément, il prouve la présence d'un contact sur un objet ou d'une personne dans un endroit mais ne donne ni la date exacte ni le nom du coupable. L'ADN n'est pas la preuve de la culpabilité, seulement de la présence. Certaines affaires peuvent avec l'ADN revenir devant les tribunaux mais cela dépend également de la volonté des magistrats. Comme dans l'affaire Gregory, il ne faut pas que le dossier soit clos sans le regarder une dernière fois en se demandant si l'on peut retrouver quelque chose. Il faut prendre la peine d'essayer de voir. D'ailleurs dans cette affaire, j'ai l'impression que les enquêteurs n'ont pas dit tout ce qu'ils avaient trouvé. Je pense qu'il y a autre chose, une vraie belle trace, mais je n'en sais rien. Ensuite la réouverture d'un dossier dépend du contexte : quand les tribunaux de grande instance sont débordés par le boulot, ça ne se fait pas. Dans les grandes villes, il y a plus d'affaires non-élucidées car le temps manque. Le public est fasciné par le mystère de ces enquêtes. C'est l'histoire du voisin. Et les gens exercent une certaine fascination pour celui qui a osé tuer, se disant : il a osé ce que je n'oserai pas faire". (Son livre "Crimes et enquêtes" vient de paraître aux éditions First)

L'ADN est-il, selon vous, la solution miracle ? participer au débat
Maître Gilbert Collard (Avocat)

© Reuters

réagissez

Suivant Précédent

toutes les news

Vos réactions

Non je ne pense pas qu'une personne "faux coupable" qui est innocentée soit réhabilitée. Il demeure toujours comme un doute dans l'esprit des...
par Talite sur "Personne innocente réhabilitée"