Depuis plus de 14 ans, l'affaire du juge Bernard Borrel évolue au fil de nouveaux éléments, sans que la vérité n'ait pu être révélée au grand jour. Procureur de Lisieux depuis 1988, il obtient en 1993 un poste de magistrat pour une mission de coopération à Djibouti. Sa mission consiste à corriger le code de procédure pénal afin de l'adapter à la jurisprudence française et à conseiller le ministre de la Justice de Djibouti, Moumin Badon Farah. Le 19 octobre 1995, le juge est retrouvé à moitié calciné, vêtu d'un slip et d'un tee-shirt, au bas d'une falaise à 80 km de la capitale. Au-dessus, sa voiture est garée, son short plié et un jerrican d'essence posé à côté. La veille, Bernard Borrel a retiré environ 7 700 euros qu'il a laissé à son domicile accompagné de deux lettres. Rapatrié en France, le corps n'est pas autopsié et, en février 1996, l'enquête djiboutienne conclut au suicide. Un an après, une autopsie est ordonnée et le corps du juge exhumé. L'asphyxie causée par les brûlures est la cause de la mort, pourtant aucune trace de suie n'est présente dans le larynx et dans la trachée. Après une reconstruction à Djibouti, un nouveau rapport médico-légal confirme la thèse du suicide. Deux témoignages vont pourtant aller dans le sens de la femme du juge, Elisabeth Borrel, qui parle d'assassinat prémédité selon elle par le président djiboutien, Ismail Omar Guelleh. Un ancien officier de la garde présidentielle, Mohammed Saleh Aloukemani, affirme avoir surpris, le 19 octobre 1995, dans le jardin du palais présidentiel, une conversation entre six hommes évoquant "l'élimination du juge fouineur" et la disparition des traces du crime. Ce témoin est banni et expulsé vers le Yémen. En 2002, son supérieur, Ali Iftin, déclare que les services secrets djiboutiens l'ont obligé à fournir un témoignage hostile à Aloukemani. Une plainte est alors déposée pour "subornation de témoin" et une deuxième exhumation du corps permet aux experts de juger le suicide "peu plausible". L'Elysée et le ministère des Affaires étrangères ne croient pas à la thèse de l'assassinat. En 2005, le président Ismail Omar Guelleh est convoqué sans résultat par la justice française. En 2006, des empreintes génétiques masculines, qui pourraient appartenir aux assassins du juge, sont découvertes sur le short du magistrat. Elisabeth Borrel pense que son mari a été sacrifié au nom de la raison d'Etat et relie sa mort à l'attentat du Café de Paris en 1990, visant la communauté djiboutienne. En 2007, l'origine criminelle de la mort du juge est confirmée par le procureur de la République de Paris, Jean-Claude Marin. Cette affaire reste le symbole de l'ingérence de la diplomatie sur la justice.
Le meurtre de Montigny-les-Mètz