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Mon professeur s'appelle ordinateur

Le ministre de l'Education nationale a présenté hier les nouvelles maquettes pédagogiques du secondaire pour les années 2025-2030. L'équilibre entre les matières reste globalement inchangé au collège, si ce n'est la suppression de l'art plastique au profit d'une heure supplémentaire d'EPS. Le ministre a justifié sa démarche par la «lutte nécessaire contre l'obésité, fléau de notre siècle, tout particulièrement pour les jeunes générations». Quant aux professeurs d'art plastique, d'après le ministre, «ils bénéficieront de formations passerelles vers d'autres postes et des possibilités pour animer des ateliers d'arts plastique dans le cadre de la vie scolaire». Pas sûr qu'il réussisse à convaincre les professeurs d'arts plastique qui ont déjà prévu, par l'entremise de leurs syndicats, des actions à la rentrée.

Morgan Lane Photography ShutterStock

Pour le lycée, le poids qu'a pris l'économie depuis une décennie est encore accentué, puisque dorénavant, les terminales Economiques et Sociales n'auront pas moins de 10 heures d'éco par semaine, alors que la matière devient obligatoire (1 heure) en seconde. A l'inverse, la philosophie perd une heure en terminale ES, pour atteindre le même niveau qu'en section scientifique (2 heures). Là aussi, grincements de dents à tous les étages. Mais le fait marquant de cette nouvelle maquette pédagogique n'est pas là. Plus que l'équilibre entre les matières, c'est bien la consécration de l'ordinateur au sein de l'école qui est l'évolution la plus importante.

Désormais, il est prévu qu'à l'horizon 2030, au collège comme au lycée, certains cours soient dispensés directement par un ordinateur, sans présence physique de professeur dans la salle de cours. Le cours se ferait sous le contrôle d'un simple surveillant. D'après le ministre, le dispositif pourrait concerner les «cours de langue, pour la pratique orale dans des laboratoires informatisés, comme cela se fait depuis la fin des années 2000, et qui ne nécessitent pas forcément la présence d'un enseignant» ainsi que «d'autres matières, dans un périmètre à définir».

Arrivés timidement dans les établissements dans les années 1990, les ordinateurs s'y sont multipliés la décennie suivante pour que chaque établissement dispose d'au moins une salle informatique. Parallèlement, l'usage d'Internet dans les relations élève/professeur s'est amplifié. Aujourd'hui, les collégiens et lycéens envoient généralement leurs devoirs faits à la maison par mail à leur professeur, qui lui envoie les relevés de note à leurs parents de la même façon. La plupart des académies ont adopté un système de messagerie électronique dédié et sécurisé pour permettre de tels échanges.

Et puis, en 2018, les lycéens ont été pour la première fois autorisés à passer leur baccalauréat avec un ordinateur portable connecté à Internet. Une expérience qui avait déjà été menée dès 2009 au Danemark. Le contenu des questions a été adapté et le copier-coller est très sévèrement contrôlé. «L'idée, c'est d'apprendre aux lycéens à bien chercher l'information et à la réfléchir, plus qu'à régurgiter des cours appris par cœur», explique-t-on au ministère. C'est d'ailleurs moins l'enjeu scolaire que l'enjeu social qui avait fait polémique à l'époque: les riches qui avaient les moyens de se payer un ordinateur portable risquaient de se trouver favorisés par rapport aux classes plus modestes qui n'avaient pas les moyens.

Certains Conseils généraux ont ainsi décidé d'aider au financement, voire de financer intégralement l'achat d'ordinateurs portables aux élèves boursiers. Et puis des entreprises de location d'ordinateur à la semaine se sont développées, si bien qu'aujourd'hui, pratiquement personne ne se présente à l'examen sans être accompagné d'un engin.

Quant au remplacement des professeurs par les ordinateurs, il en avait déjà été question il y a quinze ans, au moment de l'épidémie de grippe A. Cela dit, avant qu'il s'avère aussi bénin qu'une grippe saisonnière, les pouvoirs publics avaient pris peur du virus et fermaient systématiquement les écoles où un enfant avait été contaminés. Pour pallier la fermeture des établissements, des cours enregistrés par des comédiens et diffusés sur Internet avaient été prévus. Ils n'ont finalement pas servi, et pour le moment, il n'y a pas eu d'alerte pandémique équivalente à celle de 2009. Aujourd'hui, ce n'est pas une maladie qui remplace les professeurs par les ordinateurs mais... les réductions de postes.

Elles n'ont jamais vraiment cessé depuis 15 ans. Au rythme de plus de 10.000 suppressions de poste par an, qui est d'ailleurs allé en s'accélérant (11.200 postes supprimés en 2008, 13.500 en 2009, 16.000 en 2010, pour atteindre un maximum approchant les 20.000 pour l'année 2014), l'Education nationale s'est peu à peu vidée de ses professeurs. Bien sûr il y a eu la «flexibilisation» d'un certain nombre d'emplois: des profs de français qui donnent des cours de sport, des profs de musique qui font aussi surveillants... Des double-emplois qui existaient déjà en Allemagne au début du siècle. Mais ça ne suffit plus, et pour faire de nouvelles économies, c'est donc l'informatique qui a été appelée à la rescousse.


le 29 January 2010, par Louis Moulin

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